vie sobre

  • Nouvelle culture économique...

    La double crise - climatique et financière - actuelle présente un trait culturel marquant : elle a ébranlé la confiance que, depuis plusieurs dizaines d’années, nous accordions à certaines élites de la finance. Pendant longtemps, les écolos, les contestataires, les naturalistes, les curés et autres rigolos, restèrent marginalisés par la culture ambiante, grâce à l’autorité qui émanait de certains dirigeants ou inspirateurs issus des sphères financières.

    Depuis dix à vingt ans, certes, un renouveau était en marche, mais il n’avait pas encore atteint le seuil à partir duquel les idées et les pratiques des minorités pensantes et agissantes peuvent devenir une référence - une source de légitimité - pour le plus grand nombre. L’unanimité récente qui s’est faite au sein du GIEC, puis la déchéance de quelques grands noms de la finance internationale ouvrent la voie à l’émergence ou à l’enracinement d’une nouvelle culture économique. Pour consolider le mouvement, il importe de promouvoir les nouveaux concepts et les nouveaux symboles qui peuvent alimenter cette culture. Au rang des concepts, quatre piliers retiennent l’attention.

    Le premier pilier d’une nouvelle culture économique est une redéfinition de la valeur. Tous les produits et services qui respectent la nature et qui élèvent l’homme, valent un effort économique; les autres, non.

    Dans l’économie nouvelle, le travail est considéré comme élément fondamental de la dignité de l’homme. Aussi, faut-il donner, à tous les travailleurs, des marques égales de considération. Réciproquement, on peut attendre de chaque travailleur qu’il s’efforce de donner le meilleur de lui-même, ce qui n’est possible que si son travail s’inscrit à l’intérieur d’une mission globale à laquelle il peut adhérer.

    Le troisième pilier de la nouvelle culture économique est un rapport à l’argent et aux loisirs, fondé sur la modération et la recherche de l’essentiel. Un mode de vie sobre, nourri par les contacts avec la nature et par la communication avec les autres, comblera les citoyens de la nouvelle économie.

    Rien de tout cela n’est possible sans un quatrième pilier : une conscience individuelle approfondie et forte, une prise en main de chacun par lui-même, une intériorité lui permettant de diriger son existence, de l’affranchir de tous les prescrits extérieurs dictés par des intérêts particuliers, comme le sont la mode et la publicité.

    On dit, à raison, que le communisme et le capitalisme ont tous les deux fait faillite. Oui, car il s’agit de deux formes de totalitarisme, de domination de quelques-uns sur tous les autres. On dit aussi, à raison, que l’économie de marché et la démocratie politique sont les moins mauvaises formes de gouvernement des hommes. Oui, à condition de les protéger, l’une et l’autre, de toute idolâtrie et de les exposer, en permanence, à la critique constructive de la conscience personnelle.

    Extraits de l'article d'Eric Causin, paru dans La Libre de ce week-end.