variétés végétales

  • La vache nantaise est sauvée...

    La Fête de la vache nantaise est une manifestation exceptionnelle qui se déroule tous les quatre ans à Plessé (Loire-Atlantique) en l'honneur des races anciennes. 

    Cette animation champêtre était particulièrement bienvenue dans le cadre verdoyant et ensoleillé du pays de Redon qui a vu renaître cette vache de race nantaise - 1,35 mètre au garrot, 650 kilos - qui se plaît dans les terres humides de l'estuaire et les marais bretons d'où elle a failli disparaître. En 1980, il n'en restait qu'une cinquantaine de têtes et il faudra toute la passion de Laurent Chalet, éleveur à Plessé, pour sauver le cheptel.

    Aujourd'hui, 800 femelles en âge de se reproduire, réparties sur plus de 80 élevages professionnels, et 19 taureaux disponibles en insémination animale assurent un brassage génétique suffisant et constituent un réservoir important. La nantaise est sauvée, d'autant que cette race mixte à l'origine (traction-lait-viande) fournit désormais une viande persillée à souhait et un veau servi rosé, fort apprécié le soir au banquet.

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    Le même Laurent Chalet est à l'origine de cette fête rurale qui a transformé la nantaise en puissance invitante pour toutes ses congénères, orphelines des pâturages, victimes de l'élevage intensif et de la standardisation des espèces. Un village entier leur est consacré avec box et étables d'un week-end, construits avec les moyens de la nature par des dizaines de bénévoles, pour les oubliées du terroir : la bretonne pie noir, la froment du Léon, la maraîchine de Vendée, la saosnoise ou l'armoricaine invitées cette année dans la catégorie bovin.

    Contrairement à ce qu'on dit, les animaux ne sont pas sectaires. On pouvait croiser à Plessé toute une kyrielle de moutons - bleu du Maine, solognot, roussin de La Hague, ouessant (où il n'y en a plus depuis longtemps), avranchin, cotentin, berrichon de l'Indre -, de chèvres des fossés ou du Poitou, d'ânes - baudet du Poitou, grand noir du Berry - et de chevaux - de trait breton, percheron, poitevin mulassier. Sans oublier le porc blanc de l'Ouest, celui de Longué et de Bayeux avec toute la basse-cour, de la poule coucou de Rennes à l'oie blanche du Poitou en passant par la marans, la noire de Challans ou la grise des marais.

     Toutes ces espèces, préservées, escortées et soignées par des paysans fiers de leurs vaches comme de leurs poules illustraient une autre idée de l'élevage. Où les hommes et les bêtes sont chacun à leur façon un élément de la biodiversité, partageant un espace commun et vivant l'un de l'autre comme il en va ainsi depuis la domestication du bétail. Nous sommes loin des images sanglantes, volées dans les élevages intensifs par les croisés anti-viande qui n'ont qu'une idée : nous faire passer pour des assassins. A Plessé, on s'essaie au labour avec une paire de boeufs, on flatte le veau à l'encolure, on apprend à découenner le jambon de porc blanc et on déguste la carbonnade flamande avec les gars du Nord. Et, n'en déplaise aux mauvais coucheurs, 30 000 personnes sont venues y fêter les bêtes et manger leur viande. (Extrait d'un article de JP Géné dans M, le supplément du Monde de ce week end).

    Bravo à Laurent Chalet pour cette belle initiative, digne de Slow Food qui, dans le monde entier, intervient avec ses sentinelles pour préserver les races animales et les variétés végétales de l'extinction. La biodiversité doit absolument être sauvegardée : c'est l'héritage de l'humanité que nous nous devons de transmettre aux générations futures.

    Nous n'allons quand même pas leur transmettre que 3 variétés OGM de tomates, 4 espèces industrielles de céréales et la vache Holstein... Ce serait bien triste !