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  • La mort des abeilles...

    Comment faire un film sur la mort massive des abeilles alors que les apiculteurs avouent rarement la perte de leurs ruches ? L'un des mérites des réalisateurs Natacha Calestrémé et Gilles Luneau, auteurs de Disparition des abeilles : la fin d'un mystère (Documentaire de 52 min. Mona Lisa production/Mandarava productions avec la participation de France 5/Télé-Québec/RTBF.), est d'avoir délié les langues. Celles d'apiculteurs français et américains, mais aussi celle d'un arboriculteur fier de n'utiliser «que» 15 traitements pesticides différents sur ses pommes. Celles de chercheurs parlant des pressions des firmes phytosanitaires ou celle d'un représentant de ces industries, reconnaissant que certains «cocktails» sont dangereux pour les butineuses. Dans la pratique, l'utilisation conjointe de certains fongicides, herbicides ou insecticides est interdite... mais dans la réalité, les mélanges incapacitants se feraient directement dans la nature, même si les traitements se succèdent «légalement». Leurs molécules pourraient en effet persister plus de 12 mois dans les sols et dans les plantes, selon l'un des chercheurs interviewés, Jean-Marc Bonmatin, du CNRS. Et nos abeilles butineraient des cocktails les empoisonnant lentement ou récolteraient du pollen nocif pour les jeunes larves. Cela expliquerait, selon les auteurs, le syndrome d'effondrement des colonies qui décime actuellement les ruches d'Amérique du Nord. Le film pointe les semences enrobées d'insecticides neurotoxiques. Il s'inquiète des doses de pesticides qui s'accumulent dans la cire des essaims. Et conclut que si les abeilles succombent en masse, victimes de parasites, de virus ou de champignons, c'est d'abord parce que leur organisme est affaibli par les pesticides. Il prend donc le contre-pied de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), dont le dernier rapport de février n'exclut plus - enfin ! - la possible responsabilité des pesticides, mais maintient qu'il ne s'agit que d'un facteur parmi une quarantaine d'autres...

    Très discret sur les mauvaises pratiques apicoles, le film rappelle cependant que les abeilles ne sont plus guère nourries avec leur propre miel, aux propriétés antibactériennes, mais avec du sirop de sucre ou de la mélasse de maïs.
    Alors qu'elles auraient plus que jamais besoin de stimuler leurs défenses immunitaires !

    Un plan d'urgence, rien de moins ! Le Sénat a enfin adopté un amendement prévoyant la mise en place, dès cette année, de mesures en faveur de la préservation des abeilles. Si l'amendement est maintenu lors de l'examen en seconde lecture de la loi du Grenelle de l'environnement par l'Assemblée nationale, les abeilles bénéficieront de mesures sans précédent. Et il est temps ! La population des ruches françaises et européennes s'est effondrée, menaçant gravement la production apicole et la pollinisation indispensable pour de nombreuses variétés de plantes, de fruits et de légumes : selon l'Inra, la production de 84% des espèces cultivées en Europe dépend directement des pollinisateurs, qui sont à plus de 90% des abeilles domestiques et sauvages.