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  • Patrimoine culturel immatériel en danger...

    Partant du constat que la mondialisation et les transformations sociales qu'elle a entraînées "font peser de graves menaces de dégradation, de disparition et de destruction sur le patrimoine culturel immatériel", la "Convention de l'UNESCO pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel" du 17 octobre 2003, entérinée début 2006, ouvre en effet des perspectives nouvelles à ceux qui se sont engagés dans ce combat et à ceux dont l'avenir dépend de son issue. Elle met en place des mesures importantes de protection de ce patrimoine, "creuset de la diversité culturelle et garant du développement durable". "Ce patrimoine culturel immatériel, transmis de générations en générations, est recréé en permanence par les communautés et les groupes en fonction de leur milieu, de leur interaction avec la nature et de l'histoire, et leur procure un sentiment d'identité et de continuité". Il relève notamment des champs suivants : "pratiques sociales, rituels et événements festifs; connaissances et pratiques concernant la nature et l'univers; savoir-faire liés à l'artisanat traditionnel." Cette définition et toutes ses implications ne laisseront pas indifférents les défenseurs de l'identité et de l'esprit des AOC. Car au-delà même de sa valeur symbolique dans la culture occidentale, le vin est l'exemple parfait de cette conjonction en un même objet, de l'histoire, de la mémoire collective, de la connaissance d'un milieu et de savoir-faire locaux. Depuis l'identification des crus au fil des siècles jusqu'au choix des méthodes de vinification ou des façons de tailler la vigne, en passant par la sélection des cépages en fonction de leur adaptation à un milieu donné, chaque vin apparaît comme le produit de ce travail collectif, conduit et relayé de générations en générations, qui définit le patrimoine immatériel de l'humanité.Plus encore : tout autant que le produit et sa technicité, les caractéristiques du milieu où il se développe rencontrent cette définition. De récentes recherches visant à cerner le concept de terroir montrent que les racines de la vigne créent avec le temps les conditions physiques et micro-biologiques qui feront de tel endroit le creuset d'une identité gustative unique. Au-delà du simple paysage, l'homme est intervenu au sein de la nature et du vivant pour en faire un véritable patrimoine, par l'intermédiaire de la vigne.C'est de ce patrimoine que les AOC tiennent leur légitimité et leur raison d'être.Or, les traitements chimiques, l'abandon de certains terrains inadaptés aux méthodes d'exploitation industrielle et la perte des savoirs et savoir-faire menacent directement l'intégrité de ces ères culturelles, tout en faisant disparaître la relation particulière de l'homme à la terre qui s'y est développée. L'infraction des standards (de l'industrie ou de la législation) dans cet univers compromet à la fois la diversité et la durabilité de ses formes. Le vin et les AOC en tant que patrimoine sont gravement en danger.L'idée de vouloir les placer sous la protection de l'UNESCO se défend donc parfaitement. Le problème de l'information et de sa diffusion, en laissant place aux discours obscurantistes, permet en effet l'installation d'une relation de prédation touchant les producteurs, les appellations et l'environnement naturel et social. L'influence des conseillers techniques et l'imposition d'une certaine idée de la qualité ont conduit non seulement des vignerons à mettre de côté leur connaissance du milieu et à perdre leur savoir-faire, mais encore à déprécier la valeur de leurs particularités. Résultat : abandon de terrains ou de cépages jugés trop difficiles à exploiter, expansion de surfaces impropres à la production viticole et pourtant rattachées aux appellations, disparition de méthodes de vinification traditionnelles au profit de standard souvent inappropriés, pollution (la viticulture est aujourd'hui le type d'agriculture le plus polluant en France), et parfois réduction du vigneron à l'état de simple producteur de raisins. Une redistribution qui bénéficie aux fournisseurs de produits de synthèse et autres solutions oenologiques, et aux assembleurs et grandes structures de mise en marché : le schéma productiviste suit son cours normal : augmentation des volumes, baisse de la valeur de la matière première, dépendance du producteur. Les vins issus de ce système portent le même nom que les vins respectant les ressources et l'héritage de leur appellation, tout en affichant une perte considérable de qualité et en devenant majoritaires. A cette échelle, la prédation prend la forme de l'usurpation d'identité, transformée en marque et vidée de son contenu objectif.Un mouvement de retour à l'autonomie de la profession de vigneron et réintégration des savoirs au niveau collectif sont donc plus que souhaitables. A ce titre, la batterie de mesures prévues dans le cadre de la Convention est encore une chance réelle d'assurer un avenir aux AOC, et de préserver ainsi ces terroirs et cette diversité, si importants pour nous tous.