neurotoxiques

  • Des neurotoxiques dans le thon et le saumon...

    "Le thon rouge de Méditerranée contient du mercure. Le saumon peut contenir du PCB, surtout s’il est sauvage et pêché dans des zones polluées. Ces deux substances sont des neurotoxiques pour les fœtus. Une fois dans l’organisme des mères, elles peuvent affecter le développement du bébé en gestation. Le problème avec le PCB, c’est qu’il est persistant : il s’accumule dans la graisse des mères tout au long de sa vie.

    On trouve des niveaux élevés de mercure dans la Méditerranée en raison d’une activité volcanique historique (Vésuve, Stromboli, Etna…) et parce que c’est une mer fermée. Les PCB ont, eux, une origine clairement industrielle. Leur présence dans les mers et les rivières est la conséquence des pollutions massives faites au cours des « 30 glorieuses ».

    Pourquoi le thon a-t-il plus de risque de contenir du mercure que d’autres poissons ?

    Parce que c’est un poisson prédateur carnivore et que le mercure s’accumule tout au long de la chaîne alimentaire. Dans le cas des PCB, plus un animal vit longtemps, plus il a le temps d’accumuler des PCB dans ses graisses. C’est pour cette raison par exemple que les truites contiennent moins de PCB que les saumons qui vivent plus vieux.

    Quels poissons contribuent le plus à l’exposition ?

    L’étude CALIPSO de l’Anses montre que pour le mercure, le thon a une contribution majeure de 26% car il contient des niveaux élevés de mercure et qu’il est fréquemment consommé en France. Pour les PCB, ce sont les sardines qui sont les plus fortes contributrices (23%). En revanche, pour les acides gras oméga-3 qui seraient favorables à la santé cardiovasculaire, c’est le saumon qui est le plus fort contributeur !

    Peut-on dépasser les valeurs de sécurité en mangeant beaucoup de poisson ?

    Oui, c’est le cas des consommateurs de poissons qui habitent par exemple le long des côtes françaises. L’étude CALIPSO a permis de mettre en évidence que 43% des consommateurs surpassent les valeurs seuils de mercure contre seulement 6% de la population générale. Pour les PCB, c’est 64% des habitants des côtes qui dépassent les doses contre seulement 15% de la population générale.

    Quelles peuvent être les conséquences sur l’enfant ?

    Les études sur le singe montrent que les PCB diminuent les capacités de mémorisation ou perturbent l’apprentissage. Ceci a été confirmé par les études épidémiologiques chez l’homme. PCB et mercure peuvent avoir des répercussions sur le QI de l’enfant. C’est pour cette raison que l’Anses recommande aux femmes enceintes et en âge de procréer (19-45 ans) de diversifier les poissons qu’elles consomment.

    Jean-François Narbonne est professeur de toxicologie à l’Université Bordeaux et expert à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses). SourcePoissons.jpg Nutrition.fr