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  • Comment les industriels manipulent la science et nous mettent en danger...

    la-fabrique-du-mensonge-comment-les-industriels-detruisent-la-science-de-stephane-foucart-938125880_ML.jpgLes industriels manipulent la science pour organiser notre ignorance des effets nuisibles de leurs produits. Tel est la thèse, magistralement démontrée, de ce livre. L'auteur entre peut-être un peu trop dans le détail pour exposer les malversations de l'industrie du tabac, déjà largement analysées et connues. Mais ce n'est qu'un exemple parmi d'autres : de l'amiante au gaz de schiste, des pesticides aux perturbateurs endocriniens, sans oublier le climato-scepticisme, notre confrère du journal Le Monde décrypte avec précision la construction intellectuelle du doute et de l'occultation du savoir qu'organisent les multinationales.

    On ressort proprement sidéré d'un ouvrage où il est clairement démontré que des grandes entreprises, épaulées par certains scientifiques et même par des instituts publics, sont prêtes à tout pour sauvegarder leurs profits, y compris à jouer avec la santé des gens et, au-delà, avec la survie de l'espèce humaine. La menace écologique ne doit pas être la seule à nous inquiéter : nous avons peut-être atteint le point où l'alliance entre la science, la technique et l'économie de marché, loin de nous apporter de nouveaux bénéfices, nous met désormais en danger.

    Ce n'est pas un livre coup de gueule, il n'y a pas de théorie du complot. Juste une démonstration sobre, informée, soigneuse et implacable. (Résumé de Christian Chavagneux dans Alternatives Economiques).

    La fabrique du mensonge. Comment les industriels manipulent la science et nous mettent en danger, par Stéphane Foucart. Coll. Impacts, Denoël, 2013, 304 p., 17 euros.

  • La science du goût...

    « Lorsque l’on s’adresse à quelqu’un, on a besoin de savoir qui il est. C’est la même chose pour les aliments. Comment avaler ceux qui viennent de nulle part. Ils n’ont rien à nous dire. » Sur la grande table de bois, dans la fraîche cave de tuffeau, les radis, morceaux de choux-fleurs, ou bâtonnets de céleri préparés par le magicien de Chinon ont oublié d’être muets. A l’égal de son anchoïade qui raconte Collioure.

    Chimiste de formation, Jacques Puisais s’est toujours passionné pour l’alimentation. Pas celle faisant « voyager par avion les haricots verts pendant que les charançons bouffent les secs ». Ce gâchis-là, allant jusqu’à « mettre des parfums sur des denrées pour faire croire qu’elles sont naturelles », l’agace. Tout comme cette propension à « manger à toute allure n’importe quoi durant la semaine, histoire de se nourrir ». Pour lui, la table ne doit pas « se déshumaniser ». En mirant le verre de vouvray de son ami Huet, le gastronome devise sur « le plaisir et l’assiette ». Je reconnais que le mien est immense devant ces petits morceaux d’un vénérable parmigiano reggiano dégustés sur cet élégant et aromatique nectar.

    A bien y réfléchir, les légumes crus qui fleuraient bon le jardin de mon hôte avaient eux aussi enchanté mes papilles. « Le caviar ou le foie gras sont intéressants, soupire l’éminent spécialiste des nourritures liquides aussi bien que solides. Mais nous aurions tort de réduire la gastronomie à ces produits. Ce rustique radis, avec du beurre, du sel et du bon pain peut causer une intense émotion. »

    « N’oublions jamais, poursuit-il, que la finalité, c’est l’homme. Si l’on développe des saveurs hypocrites ou de la copie, les gens seront faux. » Inlassable combat pour la sincérité des denrées doublé d’un incessant plaidoyer pour l’« éducation au goût ». Quelque chose qui deviendrait permanent, qui s’intégrerait dans le cursus scolaire. Près de vingt-cinq ans qu’il y travaille. « Au départ, se souvient-il, un seul maire a répondu. » Aujourd’hui, avec le soutien actif du Conseil national des arts culinaires, une trentaine d’instituteurs sont formés chaque année à un véritable « programme d’éducation sensorielle ». Un outil pour « sensibiliser » les enfants, pour leur apprendre « le respect du rythme des saisons et des lieux ».

    « J’aime que le vin ait la gueule de l’endroit et les tripes de l’homme. » Cette poignée de terre argilo-calcaire qu’il m’avait conseillée de prendre dans la main alors que je testais l’un des chinon de la famille Couly collait à mes doigts comme le vin collait à mon palais. « Le terroir modifie complètement le produit. Il ne faut ni le violer, ni l’abîmer, ni l’exploiter à outrance. » Refus de tricher. Volonté de préserver « cet immense garde-manger, cette extraordinaire cave » que constitue notre pays.

    « Quand j’entends dire qu’il y a trop de producteurs, je m’élève. En fait, c’est d’un manque de consommation qu’il s’agit. » Le professeur se fait défenseur de cette vigne « gourmande de main-d’oeuvre », avocat de ces « productions de proximité » qui « maintiennent la vie rurale » en provoquant la jouissance de nos mâchoires.

    A la porte du théâtre culinaire, Chocolat, un grand bouvier suisse, pointe sa truffe humide. Sagement, il regarde le maître préparer la salade. D’abord l’huile. « Pour protéger les feuilles, éviter qu’elles soient mordancées par les éléments acides. » Ensuite gros sel, éventuellement échalote. « Des éléments qui croquent sous la dent. » Enfin le citron. « Quand il fait chaud, c’est mieux que le vinaigre. »

    Pas simple de quitter l’ami Puisais. Désir de le questionner davantage. Bonheur de l’écouter parler de « ces breuvages qui aiment les décolletés profonds pendant que d’autres préfèrent les cols roulés » ! Envie de l’entendre évoquer « cet individu toujours unique qui ne revivra jamais deux fois la même sensation ». Devant la grille ouverte, Jacques Puisais confie ce souhait de « voir toutes les communes, notamment viticoles, créer une classe du goût ». D’un sourire il précise : « Ce n’est pas plus cher que de refaire 10 mètres de trottoir ! »

     

     

    Jacques Puisais est président de l’Institut français du goût, vice-président du Conseil national des arts culinaires, président d’honneur de l’Association internationale des oenologues. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, notamment « le Goût et l’enfant » (Flammarion), et "Lettres de goût : l'abécédaire de Jacques Puisais" (Féret).

    Article de Jacques Teyssier pour l'Humanité

     

     

     

  • L'amérique change... enfin !

    Selon "Sciences et avenir", l’administration du président George Bush a manipulé l’information scientifique sur le réchauffement climatique et a contribué à désinformer le public sur cette question cruciale, selon une enquête menée par une commission du Congrès américain. Depuis son arrivée à la Maison Blanche en 2001, le président George Bush a toujours combattu le protocole de Kyoto, refusant d’admettre que le réchauffement climatique était lié à l’activité humaine et rejetant le principe de limites contraignantes pour réduire les émissions de dioxyde de carbone. Dans le même temps, son administration faisait tout pour que les messages envoyés aux élus et à la nation soient en accord avec cette position présidentielle, dénonce aujourd’hui une commission d’enquête de la Chambre des Représentants. Le public a été désinformé, a expliqué hier Henry Waxamn, représentant démocrate de Californie, qui préside la commission d’enquête. D’anciens membres de l’administration et beaucoup de chercheurs ont été entendus par les élus du Congrès. Rick Plitz, employé par l’administration pour résumer les travaux des chercheurs du public à l’intention du Congrès, a démissionné en 2005 lorsqu’il s’est aperçu que les conclusions des scientifiques étaient trafiquées par un officiel de la Maison Blanche, Phil Cooney, désormais employé par ExxonMobil, afin de diluer les résultats sur les effets du réchauffement climatique et de gommer les références au rôle de l’activité humaine dans le phénomène. Des chercheurs comme Drew Shindell, de la NASA, a expliqué que ses travaux sur l’Antarctique, montrant un risque de réchauffement rapide, avaient été mis sous le boisseau par l’administration. Selon une enquête menée par une association, l’Union of Concerned Scientists (UCS), qui a interrogé plusieurs centaines de scientifiques des agences fédérales, plus de la moitié des chercheurs travaillant sur le climat a subi des pressions ces dernières années. Au début de l’année 2006 le spécialiste du climat James Hansen, du Goddard Institute for Space Studies de la NASA, avait le premier rompu le silence en affirmant être victime de censure de la part de sa direction. Le président américain est désormais obligé de reconnaître que le réchauffement climatique est un enjeu majeur mais il refuse toujours le principe contraignant du protocole de Kyoto. Cependant, le Congrès étant désormais à majorité démocrate, la politique américaine devrait rapidement changer. Plusieurs projets de loi prévoyant un système de quotas et d’échange comparable à ce qui existe en Europe ont été déposés, y compris par des élus Républicains. Le dernier rapport du GIEC, qui sera rendu public vendredi à Paris, devrait encore enfoncer le clou. Et soyez sûrs qu'il l'a également fait pour des centaines d'autres choses, qui vont des attentats du 11 novembre, à Ben Laden, à la guerre en Irak, à l'innocivité des OGM, et Dieu sait encore quoi... Un scandale de plus ; il faudra bien qu'il soit jugé un jour, pour tout cela...