languedoc-roussillon

  • Entretien avec Olivier Bernard...

    Entretien fort intéressant avec Olivier Bernard, propriétaire du Domaine de Chevalier en Pessac Léognan ce jeudi soir.

    Je lui ai raconté notre passion pour les grands vins de Bordeaux dans les années 90, puis, lentement, notre désintérêt de plus en plus marqué pour cette région, pour aboutir aujourd'hui à ne plus avoir une seule bouteille de bordeaux en cave.

    Les raisons furent tout d'abord la montée en flèche des prix et l'impossibilité de trouver certains grands millésimes. Ensuite, le changement, à partir de 1991,  dans la façon de produire le vin, en recherchant la concentration et en accentuant le côté boisé (pour plaire à Parker?). Enfin, par l'encensement de tous les millésimes, alors que certains, comme 1995, ne le méritaient pas et s'avérèrent décevants à l'ouverture des flacons, alors que j'avais fort investi dans ce millésime.

    Je lui ai raconté mon émotion devant quelques vins absolument parfaits. Ce sont des moments rares que de déboucher le bon flacon, au bon moment et dans de bonnes circonstances. Haut Brion 89, Cheval Blanc  82, Petrus 90 et 89, Le Pin 90, Beauséjour Duffau 90, mais aussi un Lynch Bages 90 et un Clos du Marquis 89, sans parler de quelques vieux Yquem mémorables et d'autres vieux grands bordeaux.

    Que s'est-il donc passé, pour qu'aujourd'hui, les bouteilles amenées au Clos en dégustation proviennent d'autres régions ? Quasi plus de bordeaux, et quand il y en a, nous sommes déçus et le vin est mal coté : nous n'y trouvons plus de plaisir (lire l'article précédent : "Où sont passés les grands vins bordelais d'antan ?").

    Certes, nous avons évolué et nous sommes ouverts aux autres régions, qui ont toutes fort progressé, et aux autres pays. Mais les vins de bordeaux ont également changé, et ne correspondent plus du tout à nos attentes, à nos émotions et à nos plaisirs gustatifs. Sans parler des prix pratiqués...

    Olivier Bernard, que je respecte beaucoup et dont j'adorais le Domaine de Chevalier, m'a parlé des investissements considérables des grands châteaux bordelais dans le but d'améliorer encore la qualité des vins. Une grande partie du Domaine de Chevalier a été replantée, en améliorant l'orientation des ceps, en faisant mieux correspondre le porte-greffe à la parcelle. Puis les pesticides ont été abandonnés. Puis les insecticides ont été aussi abandonnés, et les autres traitements réduits.

    Quant aux prix, il m'affirme qu'en 2008, les 70 grands Bordeaux étaient vraiment fort abordables. Et qu'il faut aussi goûter les autres vins de Bordeaux, les 9.930 autres domaines bordelais : en 2009, tout est bon et réussi.

    Personnellement, et bien que ceux-ci aient fort évolué, j'ai un doute qu'un "petit" bordeaux m'offre un nez complexe sur de magnifiques nuances et arômes, et une bouche suave, pleine et longue sur des petits fruits, avec des tannins nobles, serrés et fondus, sans alcool ni boisé...

    Par contre, il m'est arrivé d'éprouver le même bonheur avec un Terrebrune 93, Cuvée Tradition, en Bandol, dégusté à L'Epuisette à Marseille. Un vin parfait et un moment inoubliable. Idem avec un Lafran Veyrolles Longue Garde 2000. Des bouteilles à 25 euro...

    Ces propos mériteraient une dégustation comparative lors de laquelle on comparerait quelques tout grands bordeaux, avec les vins qui, aujourd'hui, nous font plaisir. Dans les mêmes millésimes, évidemment.