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  • Intensif (traditionnel) contre bio...

    Parue dans l’American Journal of Clinical Nutrition (AJCN), une étude anglaise comparant la qualité des aliments bio et des aliments classiques a récemment suscité une vive polémique, notamment auprès des associations de protection des consommateurs et de l’environnement. En effet, basées sur quelque 162 études publiées par diverses revues scientifiques, les conclusions de cette étude affirment que les produits issus de l’agriculture biologique ne sont pas plus sains que les aliments ordinaires, et n’offrent pas d’avantages nutritionnels supplémentaires. 


    Réfutant le parti pris de l’étude anglaise, le MDRGF (Mouvement pour le Droit et le Respect des Générations Futures) 
    revient sur ces conclusions et dénonce leur caractère arbitraire. D’après l’association, les chercheurs de l’Ecole d’hygiène et de médecine tropicale (LSHTM) de Londres, auteurs de cette étude commanditée par l’Agence alimentaire britannique, auraient occulté une grande partie des données contenues dans les études scientifiques ayant servi de support. De fait, le bilan de l’enquête ne tiendrait compte que de 55 études, 87 autres ayant été écartées sur le seul motif qu’elles ne citaient pas l’organisme certificateur en matière de production biologique. 


    Citant le contenu même du rapport anglais de quelques 209 pages, le MDRGF souligne le fait que les végétaux bios contiennent, en moyenne, plus de magnésium, de zinc, de composés phénoliques, de flavonoïdes, de sucres et de matière sèche (et donc moins d'eau, et donc plus de goût) que les cultures intensives. 


    De son côté, dénonçant également le « caractère simpliste » de l’interprétation anglaise, l’association Nature & Progrès Belgique déplore que seuls aient été pris en compte les apports en calcium, en fer et en vitamine C pour évaluer la qualité nutritionnelle des produits bio. Pour l’association, la sélection faite par les chercheurs a ignoré bon nombre d’études scientifiques attestant de la teneur des aliments bio en protéines, en phosphore et en anti-oxydants. Elle cite notamment certaines études prouvant que si les aliments bio ne renferment pas nécessairement plus de protéines que leurs équivalents traditionnels, celles-ci sont de meilleure qualité, et que l’équilibre entre les nutriments y est supérieur. En outre, les déclinaisons bio contiendraient une quantité plus élevée d’antioxydants (polyphénol, caroténoïdes, flavonoïdes…) aux vertus immunostimulantes, anticancéreuses et antidépressives. 

    Dans mon article intitulé : " 5 portions de fruits par jour : pour quoi faire ?", on peut lire sur les tableaux publiés (agriculture intensive) qu'entre 1951 et 1999, la teneur en calcium du brocoli et de la pomme de terre a respectivement chuté de 62,85% et de 27,55%, la teneur en fer de 33,85% et de 57,14%, la vitamine C de 10,10% et de 57,35%, et la présence de vitamine A de 55,94 % et de 100% (il n'y en avait plus dans la pomme de terre). C'est normal : les sols sont tellement pollués que les légumes et céréales ne parviennent plus à synthétiser les nutriments pourtant présents dans le sol... ce qui n'est pas le cas du bio sur sol sain.

    Mais la principale censure reprochée à l’étude britannique par les associations tient à la non évocation de l’absence de pesticides dans l’alimentation bio. Comme le rappelle Nature & Progrès, un rapport de l’OMS alertait dès 1990 sur les effets d’une exposition aux pesticides, établissant un lien avec des cas de maladies osseuses, de cancers, de malformations à la naissance, de maladies de peau et de dégradations des systèmes nerveux et immunitaires. Récemment, une nouvelle étude a démontré que le risque de développer la maladie de Parkinson est doublé chez les agriculteurs, les premiers à être dans la ligne de mire des pesticides. 


    Dès lors, quand bien même la qualité nutritionnelle entre aliments bio et non bio serait équivalente (ce qui n'est vraiment pas le cas), le bon sens inviterait encore à choisir la solution alternative aux traitements chimiques. D’autant que des travaux scientifiques réalisés par un professeur de l’Université du Québec ont démontré que l’ingestion de pesticides, même à l’état de traces, freinait la bonne assimilation des nutriments. Avec de tels arguments plaidant en sa faveur, il est clair que le bio n’a pas fini de faire parler de lui. 

    Et pour conclure, il est fort regrettable que des organismes d'utilité publique (l'American Journal of Clinical nutrition, l'Agence Alimentaire britannique et l'école d'Hygiène et de Médecine Tropicale de Londres ) se plient à la demande des multinationales agro-alimentaires et de leur lobbies hyper-puissants, à publier de fausses informations pour tenter de freiner l'engouement croissant des consommateurs pour une alimentation plus saine, plus riche, plus goûtue. Même à coups de millions de dollars et de pots de vins, ce combat est perdu d'avance, car on a tous compris qu'on est ce qu'on mange. Terriens, il est temps d'agir...