gastronome

  • Gourmand...

    «Il n’y a que les imbéciles qui ne soient pas gourmands » disait Guy de Maupassant, ajoutant, comme s’il fallait encore convaincre ou rassurer quelques-uns d’entre nous : « On est gourmand comme l’on est artiste, comme on est poète. Le goût, c’est un organe délicat, perfectible et respectable comme l’œil et l’oreille. » On imagine volontiers le gourmand — les lithographies des siècles passés nous le caricature ainsi — comme, et je cite Owen, un « ventru, le menton luisant de beurre, la joue gonflée et l’œil humide, attablé — une serviette nouée autour du cou — fourrageant du couteau et de la fourchette dans une assiette encombrée de nourriture ».

    Le véritable gourmand n’est pas celui « qui a su éduquer, civiliser ses papilles », ce n’est pas non plus celui qui fréquente à longueur d’années telle ou telle autre table étoilée, qui court la mangeaille et les mondains. Non, « le vrai gourmand l’est aussi du toucher, de l’odorat, de l’ouïe, de la vue », c’est, j’en suis convaincu, un humaniste. Bref, un homme rare ou qui le devient. « Je veux, écrit Vaudoyer, que tu sois gourmand dans un jardin et au concert ; chez le couturier et chez le tailleur ; chez l’antiquaire et devant le ciel du couchant; au musée, au théâtre. Je veux que tu sois gourmand dans la bibliothèque. Je veux que tu sois gourmand près de la bien-aimée à qui tu as donné ton cœur ; gourmand aussi devant la jolie fille qui passe ou qui s’arrête une minute, une heure, une nuit... Exerce-toi à être gourmand dans tes rêves ; laisse la gourmandise t’ornementer l’imagination. » (Essai sur la gourmandise (Hachette, 1926) d’un certain Jean-Louis Vaudoyer).

    De la table à l’écrit, petit traité des gourmandises littéraires. COMMUNICATION D’YVES NAMUR A LA SEANCE MENSUELLE DU 12 JUIN 2004