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  • Nestlé et Pure Life : un scandale de plus...

    Pour son enquête, Res Gehriger a repris les discours de Peter Brabeck, le président autrichien du conseil d’administration de cette multinationale basée en Suisse, pour les confronter aux habitants, aux militants et aux experts. "Les producteurs d’eau sont là uniquement pour l’argent, affirme Maude Barlow, ex-conseillère de l’Onu sur l’eau. Quand ils participent à des programmes de type humanitaire, c’est du marketing. C’est parce que le monde entier les critique et qu’ils veulent redorer leur blason. Mais seul le profit les intéresse." Une analyse corroborée par l’exemple du Pakistan où Nestlé s’est ouvert un nouveau marché. Son eau en bouteille, Pure Life, s’adresse aux classes aisées. Au point que, pour les jeunes privilégiés, être à la mode, c’est se balader ostensiblement avec sa Pure Life. Tandis que des enfants tombent malades en buvant l’eau non potable à cause des canalisations.

    Ce documentaire, coproduit par Arte, affirme que l’usine d’eau Pure Life, près de Lahore, a fait baisser le niveau de la nappe phréatique et asséché des puits ancestraux à proximité. Au Nigeria, aussi, Nestlé écoule sa Pure Life. Sauf que son prix est supérieur au revenu journalier de nombreux Nigérians. Et qu’un litre de cette eau coûte plus cher qu’un litre d’essence !

    Dans le monde, 900 millions de personnes n’ont pas accès à l’eau potable, d’après l’Onu. "Au Sud, la situation est gravissime, s’alarme Maude Barlow. L’eau tue plus que le sida ou les guerres, les accidents de voiture et le paludisme réunis. L’eau est la première cause de mortalité. Là-dessus, Nestlé arrive en nous disant : nous avons la solution, elle s’appelle Pure Life, nous allons vous vendre de l’eau que nous puisons dans vos propres nappes souterraines. Voilà sa solution pour les pays sans réseau public d’eau où rien ne sort des robinets ou alors une eau souillée. Ce n’est pas seulement irresponsable, c’est presque criminel !"

    Et contrairement à l’Etat du Maine, aux Etats-Unis, où un mouvement de citoyens a fini par empêcher Nestlé d’installer des zones de pompage, l’enquête démontre comment avocats et lobbyistes peuvent tirer profit du vide juridique pour s’accaparer des terrains et des sources. Car l’eau reste l’enjeu majeur de demain : "On manquera d’eau bien avant de manquer de pétrole", prophétise Peter Brabeck. Et de conclure : "Qu’est-ce qui pourrait encore garantir 140 ans d’existence à notre entreprise ? La réponse est claire, c’est l’eau." Article de Virginie Roussel dans La Libre de ce jour.

    “Nestlé et le business de l’eau en bouteille”. Enquête à charge sur Arte, à 20h50.