corps sain

  • On est ce qu'on mange...

    Si notre cerveau influence ce que nous mangeons, l’inverse est plus vrai encore. Notre alimentation joue un rôle fondamental dans son fonctionnement. Elle détermine notre bien-être mental et influence notre comportement.

    Le Dr Van der Spek est psychiatre de formation. Ses patients souffrent de dépression, d’anxiété, de stress, de burn out… Pour soigner ces maladies, on prescrit des antidépresseurs et autres tranquillisants. Ils ne sont efficaces que dans 40 à 60 % des cas. Ce n’est pas glorieux. 

    On le sait depuis longtemps : on est ce qu’on mange. La malbouffe qui caractérise notre époque est le terreau des maladies dites de civilisation, à savoir le surpoids et l’obésité, l’hypertension, le diabète, les cancers, les affections cardiovasculaires, voire l’Alzheimer. On commence seulement à percevoir que ce qui est vrai sur le plan physiologique l’est aussi, peut-être surtout, sur le plan psychologique. L’un ne va pas sans l’autre, témoigne Catherine Brahy, kinésithérapeute et nutritionniste à Bruxelles. Des patients viennent me voir pour un mal de coude qui se révèle provenir d’un mal de vivre. Et si près de la moitié des Belges souffrent de maux de dos, ceux qui consultent arrivent stressés, fatigués, tendus. C’est souvent le symptôme d’une mauvaise hygiène de vie. Tout est dans tout. Quand un patient prend des antidépresseurs ou des somnifères depuis dix ans et ne va pas mieux, ajoute-t-elle, il faut se poser des questions…

    Si les médecins d’aujourd’hui ne sont pas des nutritionnistes, les nutritionnistes seront les médecins de demain. Cette approche n’est pas pour plaire à l’industrie pharmaceutique ni au puissant lobby agroalimentaire. Si les gens se nourrissaient convenablement, ils n’auraient plus besoin d’anticholestérol ni d’antidépresseurs. Notre message consiste à inciter les gens à manger le moins possible de plats préparés, qui ne sont que concentrés de sucres, sel et mauvaises graisses, pour les remplacer par des aliments naturels. De quoi crisper l’industrie.

    Le premier nutriment dont notre cerveau a besoin pour produire des neurotransmetteurs, ce sont les acides aminés des protéines présentes dans les œufs, la viande, le poisson. De préférence le matin et le midi. Elles assurent une satiété de longue durée et apportent les précurseurs indispensables à la synthèse de la dopamine et de la noradrénaline, les neurotransmetteurs de l’éveil (initiation de l’action) et de la vigilance (amplification de l’action).

    Deuxième élément clé : les cofacteurs qui facilitent la neurotransmission. Fer, cuivre, magnésium, zinc, vitamines B et C… Beaucoup de gens en sont carencés. Résultat : le moteur tourne moins bien et ils sont déprimés, irritables, anxieux. On trouve des traces de tous ces éléments dans de nombreux aliments, mais la tendance au raffinage excessif (pain, riz, pâtes blanches) les élimine.

    Les bonnes graisses, ensuite, assurent la souplesse des membranes cellulaires. Trop rigides, elles ne laissent rien passer. Quand on sait que le cerveau humain est composé de graisse à 60 %, on comprend mieux l’importance des omégas 3 (poissons gras, huiles d’olive ou de colza). Ajoutez une pincée d’antioxydants (fruits, légumes et oléagineux) et un zeste d’hydrates de carbone (sous forme de sucres lents de préférence aux sucres rapides susceptibles de provoquer une hypoglycémie réactionnelle) comme carburant, et votre cerveau tournera à plein régime.

    Sans oublier, insiste Veronica Van der Spek, une activité physique régulière pour stimuler le métabolisme. Alors l’adage mens sana in corpore sano se vérifiera parfaitement. Et peut-être verra-t-on diminuer la fréquence des maladies d’Alzheimer, de l’hyperactivité chez les enfants, des troubles de l’attention et du comportement.