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  • Maladies cardiaques et alimentation : ce qu'il faut absolument comprendre...

    Atlantico : Le cardiologue américain Dwight Lundell a mis un terme à sa carrière après 25 ans de pratique, estimant que la seule solution pour lutter contre les maladies cardiaques était finalement de promouvoir la nourriture saine. Comment a été perçue cette anecdote dans la sphère médicale ? Et parmi les cardiologues ?

     

    S'agissant des maladies cardiovasculaires (MCV) liées à l'athérome des artères (plaque rétrécissant la lumière), c'est à dire les AVC, les infarctus et l'artérite des membres inférieurs il faut rappeler que l'arrêt du tabac, l'activité physique et l'alimentation sont les mesures de base sans lesquelles les autres traitements sont soit inefficaces soit faiblement efficaces. Pour revenir aux conseils du Dr Lundell, il n'y a en réalité rien de très nouveau. Nous savons depuis longtemps que le régime méditerranéen (celui des peuples ancestraux du pourtour de notre "mer au milieu des terres" et non celui qui consiste à arroser d'huile d'olive les produits industriels) ou le régime japonais sont garants d'une bonne santé cardio-vasculaire et sont efficaces pour éviter un nouvel accident vasculaire à ceux qui en ont déjà fait un. Oui l'alimentation est un des piliers du traitement des maladies cardiovasculaires et c'est un pilier très efficace. Malheureusement pour arrêter de fumer il faut de la volonté, pour faire une ordonnance de statines il faut 15 secondes et pour apprendre le régime méditerranéen il faut des heures... D'où la difficulté car l'ordonnance est remboursée, la volonté incertaine et les heures de coaching alimentaire introuvables. Je n'aborderai pas la question de la prescription des statines qui a fait l'objet d'un article dans ce même journal. 

    Les régimes à faible teneur en gras, largement prescrit en cas de troubles cardiaques, riches en glucides simples, contribuent-ils à détruire les parois de nos vaisseaux sanguins en provoquant une inflammation chronique ? L'inflammation est-elle susceptible de provoquer en conséquence du cholestérol qui se colle aux parois formant des plaques ce qui peut provoquer une  crise ou une attaque cardiaque ?

    Les connaissances scientifiques évoluent selon un modèle poppérien. C'est à dire par contradiction, falsification et testabilité. Les régimes pauvres en graisse ont été prescrits tant et aussi longtemps que les graisses saturées étaient considérées comme des responsables probables des maladies cardiovasculaires. Ce fut le cas après les travaux d'Ancel Keys dans les années 50-60. Il n'en est rien surtout en France et tout le monde le sait depuis la méta analyse de Siri-Tarino et Coll en 2010. Les régimes pauvres en graisses exposent par ailleurs à un effet classique en nutrition : la substitution. Ce que vous éliminez est remplacé par une autre catégorie.

    Par exemple les glucides ou sucres dont les plus grandes quantités ingérées ne sont pas sucrées au goût il s'agit des amidons. Les régimes riches en glucides à index glycémique rapide n'ont jamais à ma connaissance été recommandés sur des bases scientifiques pour prévenir les MCV. Compte tenu de leur capacité à stimuler le stockage de calories ils sont à éviter. De surcroît cette semaine le JAMA (Journal of the American Medical Association) fait état d'une étude très bien réalisée qui met en évidence que les sucres ajoutés dans l'alimentation augmentent le risque de MCV de manière grossièrement proportionnelle à la consommation. C'est nouveau et cela remet en cause l'idée que la consommation de sucre (saccharose) ajouté serait neutre vis à vis des MCV. Sont ils pro-inflammatoires? Oui et c'est Jennie Brand Miller la mère de l'index glycémique qui le prouva en 2008 à propos du pain blanc. Autre exemple de substitution les huiles végétales. Pour l'huile d'olive et à condition qu'elle soit non chauffée et non filtrée c'est un corps gras de très bonne qualité apportant en plus des phénols et de la vitamine E. Mais en revanche si les huiles végétales sont très massivement des huiles oméga 6 comme le tournesol ou le maïs alors oui il y a une possibilité de favoriser un état pro-inflammatoire. 

    Quel rôle jouent les omégas dans les troubles cardiovasculaires ? Quel ratio d'acides gras consommons-nous en général ? Quel ratio idéal devrions-nous consommer ?

    Les acides linoléique (omega 6)  et alpha linolénique (oméga 3)  sont des acides gras essentiels c'est à dire que nous ne savons pas et n'avons aucunement besoin de les synthétiser. Ils sont abondants dans la nature. Mais leur rapport dans les produits industriels est très différent de celui retrouvé dans des aliments non transformés ou dans les viandes issues d'élevage extensif à l'herbe. Un citadin ne préparant pas ses repas peut ingérer 20 à 40 omega 6 pour un omega 3 alors que le régime méditerranéen est plus près de 7 pour un et le régime paléo de 3 pour 1. C'est important car les omegas 3 sont anti-inflammatoires, plutôt anti-prolifératifs, améliorent l'insulinosensibilité et abaissent les triglycérides. En consommant des végétaux foliaires (toutes les feuilles et légumes verts) de l'huile d'olive et des produits de la mer comme les poissons gras on abaisse le ratio en faveur des omegas 3.  En consommant des céréales (presque toutes riches en omegas 6 sauf le lin, le chia ...), des huiles de graines riches en omegas 6 (tournesol, maïs, carthame, sésame, soja) et des viandes d'élevage d'animaux nourris aux céréales au lieu d'herbe et de fourrage on détériore son rapport et l'organisme produit plus de molécules pro-inflammatoires. Il faut donc y prêter attention et c'est assez simple. 

    Les MCV sont accélérées par l'inflammation et un apport important en omegas 3 notamment des produits de la mer en même temps qu'une réduction des omegas 6 est favorable car il freine l'inflammation. Les acides gras omegas 3 longue chaine des poissons gras ont de plus une action fluidifiante sur le sang et une action anti-arythmique. Ces assertions sont supportées par un faisceau d'arguments et de travaux depuis des décennies.

    Dwight Lundell recommande la consommation de protéines et de glucides complexes comme les fruits et légumes colorés et l'abandon des graisses saturées. Feriez-vous cette même recommandation ? Quels autres conseils apporteriez-vous aux personnes susceptibles de souffrir de troubles cardiaques ? 

    En réalité nous devons examiner les données de la littérature pour donner des conseils avisés à nos patients. Dans cette attitude le plus difficile est d'évoluer et de ne pas rester dans une routine qui consiste à répondre à leurs interrogations en disant: ne mangez pas gras. En effet cela n'est fondé sur rien. Même pas sur l'éventuelle augmentation du cholestérol puisqu'un régime riche en sucres rapides élève le cholestérol des LDL... 

    Consommer des aliments entiers non ou peu transformés, diminuer drastiquement les sucres rapides ajoutés et les glucides simples comme les amidons raffinés, consommer du gras avec la viande de boucherie ou les fromages et de l'huile d'olive en assaisonnement, manger du poisson et des fruits de mer aussi souvent qu'on le désire et des fruits crus sont des recommandations en accord avec le régime méditerranéen ancestral ou le régime japonais ceux là mêmes qui ont démontré qu'ils favorisaient une longue espérance de vie.  Mais si nous sommes passés d'un modèle incriminant le gras à une conception inflammatoire de l'athérome ce qui est plus près de la réalité, il y a des conséquences en terme de prévention.

    1/ Le tabac fumé activement ou passivement est un puissant facteur d'inflammation chronique et d'hypercoagulabilité du sang ( capacité à faire des caillots et à les laisser s'étendre). Il faut le répéter et souligner l'impact multiple du tabac sur les AVC, les infarctus du myocarde et l'artérite des membres inférieurs. Sans arrêt total du tabac il est illusoire de parler de prévention.

    2/ L'humanité est en train de s'asseoir massivement. C'est obésogène car notre dépense énergétique s'effondre et que nos métabolismes sont pris à revers. Nous avons survécu pendant des centaines de milliers d'années dans la pénurie en stockant et nous souffrons de l'abondance soudaine de calories. En plus d'améliorer notre balance énergétique l'exercice physique est un puissant anti-inflammatoire. A ce sujet soulignons que les exercices brusques, intenses et répétés (de type crossfit) sont très anti-inflammatoires alors que l'endurance prolongée (de type marathon) est pro-inflammatoire .

    3/ L'alimentation anti-inflammatoire est faite d'aliments entiers végétaux ou animaux peu ou pas transformés, d’œufs, de viandes à l'herbe, de poissons sauvages gras, de beaucoup de feuilles, de noix et de fruits riches en polyphénols et pauvres en sucre comme les baies...

    Dans ces recommandations on se préoccupe peu du contenu en cholestérol des aliments car il n'a pas ou très peu d'incidence sur le taux de cholestérol sanguin, on ne se préoccupe pas de la richesse en graisses saturées. En revanche on supprime tous les acides gras trans des produits industriels et des margarines, les huiles omegas 6 et les cuissons haute température aussi pro-inflammatoires.  On supprime le sucre ajouté dans les boissons et les aliments.  Il y a peu de contraintes à condition de remplir correctement son panier. Car tout aliment acheté est ingéré tôt ou tard...

    Ce n'est pas onéreux car les produits industriels sont bien plus chers et moins riches en vitamines et oligo-éléments. Ce n'est pas une cure c'est un mode  d'alimentation durable et soutenable. La loi de Pareto modifiée s'applique, 10% de produits industriels ou très transformés ne détériorent pas les effets bénéfiques. Vous pouvez avoir une vie sociale.

    Nous vivons sous la poussée de la recherche en épidémiologie et en nutrition un changement de paradigme. Les recommandations classiques ont un peu vieilli et déjà plusieurs pays révisent les leurs. Ce qui est solidement établi dans la prévention des MCV c'est l'association arrêt du tabac, exercice physique et régime méditerranéen. Il reste à s'en emparer, nous en sommes loin. Résumé de propos recueillis par Marianne Murat sur Atlantico.

     

  • Cholestérol, statines et produits light : une bonne blague...

    L’affaire est embarrassante. Pour le médecin, qui prescrit de bonne foi un médicament anticholestérol. Pour le patient, respectueux, qui avale scrupuleusement son comprimé de Tahor, Crestor ou autre « statine » et voit avec soulagement baisser son niveau de cholestérol, espérant prévenir l’obstruction de ses artères, voire les déboucher. Ils seraient six millions, en France, à suivre ce traitement. Vingt-quatre millions aux États-Unis.

    La thèse, on la connaît. En deux mots : il existe un « bon » et un « mauvais » cholestérol, et ce dernier, surtout si l’on mange trop de graisses d’origine animale, s’accumule dans la paroi des artères, induisant un risque majeur d’accident cardiaque. Si le taux de cholestérol dans le sang dépasse un certain seuil, il est donc recommandé d’adopter un régime pauvre en graisses animales et de prendre quotidiennement un médicament qui abaisse le niveau.

    Ce savoir est ancien. Il remonte au début des années 1950, à une époque où l’on ne faisait pas encore la différence entre le « bon » et le « mauvais » cholestérol, et où l’on se contentait d’incriminer les graisses animales et « le » cholestérol. Enseigné dans les facultés de médecine, il est véhiculé depuis des décennies par les autorités de santé et les messages publics et privés. Lorsqu’il semble menacé d’une manière ou d’une autre, les plus puissants cardiologues ont vite fait de ridiculiser les pauvres d’esprit qui n’ont rien compris.

    Un texte de ce genre a paru dans la prestigieuse revue Science en 2001, en réponse à une enquête d’un journaliste scientifique sur l’effet réel d’une alimentation riche en graisses animales. Il était signé par l’un des grands noms  de la cardiologie américaine, Scott M. Grundy (1). Une fois de plus, la théorie était exposée point par point : l’action des « acides gras saturés » a été « démontrée par une énorme quantité d’études de grande qualité » ; « la démonstration est faite qu’un taux élevé de LDL [le « mauvais » cholestérol] est une cause majeure de la maladie coronarienne et que baisser son niveau dans le sang en réduit le risque ». Comme d’habitude, il invoquait les « données établies voici plus de trente ans » illustrant la corrélation entre la maladie cardiaque et la consommation de graisses animales dans divers pays.

    La « démonstration » ne tient pas la route, estiment un nombre croissant de spécialistes. Témoin une remarquable enquête publiée en 2008 dans Business Week, que nous publions d’entrée de jeu, car elle a résisté à l’épreuve du temps. En interrogeant une série de chercheurs et de médecins de haut niveau, le journaliste de la revue phare du monde des affaires américain détaille les doutes et les soupçons qui travaillent la communauté scientifique. Les trois entretiens que nous publions ensuite sont menés avec des médecins iconoclastes, auteurs chacun d’un ou plusieurs ouvrages sur le sujet. Ils fournissent les principaux arguments qui ébranlent le consensus. Des notes supplémentaires sur dix livres récents complètent le tableau.

    Que découvre-t-on ? Que selon de nombreux chercheurs indépendants, les études invoquées par Scott Grundy et ses pairs sont biaisées, falsifiées ou contredites par des études plus convaincantes, mais enterrées ou minorées. Ces scientifiques ont aussi analysé les essais cliniques de référence, ceux qui servent à légitimer l’énorme industrie des médicaments et ils sont formels : la plupart d’entre eux ont été manipulés.

    Scott Grundy n’est qu’un exemple. En l’occurrence, il a présidé en 2004 le comité officiel américain chargé de publier les recommandations fédérales sur le cholestérol. Ledit comité a recommandé de baisser le niveau optimal de cette molécule dans le sang, ouvrant ainsi la voie à un élargissement significatif du marché des compagnies pharmaceutiques. Comme la plupart des leaders d’opinion de la cardiologie mondiale, Grundy a un intérêt concret à défendre et perpétuer la vulgate : il a beau être un éminent universitaire, médaille d’or 2010 de l’American Heart Association (2), on l’a vu contraint, en 2004, sous la pression d’un organisme indépendant, d’admettre avoir été rémunéré par les principaux fabricants de médicaments anticholestérol : Merck, Shering Plough, Pfizer, AstraZeneca, Bristol-Myers Squibb et Bayer. C’est que l’argent joue un rôle moteur dans cette affaire. L’industrie corrompt les chercheurs, les directions des revues scientifiques médicales, les sociétés de cardiologie et les institutions publiques chargées de financer les recherches et de veiller à la sécurité des médicaments.

    Mais ne versons pas dans le manichéisme. L’argent n’explique pas tout. Il y a autre chose. Pour le comprendre, il faut remonter en arrière, aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, aux États-Unis. Là naît une psychose collective : les hommes tombent foudroyés par la maladie cardiaque. Il faut l’expliquer, trouver le coupable, le traquer. Et voilà que des chercheurs annoncent l’avoir trouvé. Ou, plutôt, les avoir trouvés, car il y a deux coupables, agissant de concert : les graisses animales d’un côté, le cholestérol de l’autre. Les médias sont enthousiastes. Au diable toutes les études qui infirment la croyance. L’important est de croire. De croire ensemble. C’est le consensus. Fragile au début, il s’impose vers le début des années 1980. Les autorités de santé publient leurs recommandations d’abord aux États-Unis, puis en Europe et ailleurs : il faut réduire le cholestérol dans le sang et la consommation de graisses animales. Deux industries extrêmement puissantes vont saisir l’aubaine : l’industrie pharmaceutique d’un côté, qui va créer le marché des médicaments anticholestérol, l’industrie agroalimentaire de l’autre, qui va développer celui des aliments allégés en graisses. Or, selon des études très sérieuses mais passées sous silence, les médicaments anticholestérol ne servent à rien en prévention et, s’ils sont bénéfiques pour certains malades, ce n’est sans doute pas en raison de leurs effets sur le cholestérol. Quant aux aliments low fat, ils ont sans doute fortement contribué à l’épidémie actuelle d’obésité, laquelle augmente l’incidence de la maladie coronarienne.

    Au fait, l’épidémie d’infarctus mortels qui a tout déclenché, d’où venait-elle ? On le sait aujourd’hui, il n’y avait pas d’épidémie : c’était une erreur d’interprétation. Article publié sur http://www.books.fr

    Quelle bonne blague ! Qui aura duré plus de 30 ans... et aura rempli les poches de Merck, Shering Plough, Pfizer, AstraZeneca, Bristol-Myers Squibb et Bayer, sans parler de toutes les multi-nationales agro-alimentaires ayant lancé les produits light, un marché énorme !