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  • De la drogue dans nos assiettes...

    80 % de notre alimentation provient de l’industrie agro-alimentaire. Quelles sont les circonstances qui ont favorisé ce type de pratiques ?

    Dans les années 60 et 70, on a dit que pour être moderne, il fallait manger ce type de nourriture-là. La libération de la femme également a beaucoup joué. Elle n’est plus obligée de rester à la maison et peut travailler parce qu’elle a ces produits de facilité. Donc toute la pub a investi là-dedans pour dire : c’est plus pratique, c’est plus moderne et c’est plus rapide. Aussi, dans les supermarchés, ils mettent les plats cuisinés en face des fruits et des légumes. C’est fait exprès, c’est fait pour vous montrer que vous pouvez manger sans vous prendre la tête à couper les fruits et les légumes. Mais c’est aussi une manière d’inciter un raisonnement mental dans votre esprit et qui consiste à dire que si c’est dans les rayons fruits et légumes, c’est que c’est bon pour la santé.

    En tant que Franco-Américain, considérez-vous que l’on peut établir un parallèle entre les USA et la France en matière de “junk food” ?

    Oui. L’une des personnes que j’avais interviewées sur la nourriture et l’addiction avait d’ailleurs réalisé une étude à ce sujet. Elle avait comparé la courbe d’ouverture de nouveaux MacDo en France avec celle des problèmes de surcharge pondérale. Ces deux courbes évoluaient de la même manière. En Angleterre, même chose. Il y a aussi un Belge que nous avons interrogé, Olivier de Schutter (rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation, NdlR). Il dit que c’est un problème énorme auquel doivent surtout faire face les pays émergents. C’est un problème de santé publique. Et cela concerne un marché énorme, chiffré en millions. Il y a des millions de personnes qui meurent de maladies liées à notre nourriture moderne et industrialisée. Et là-dedans, je n’inclus pas encore ceux qui souffrent de malnutrition, là c’est encore autre chose.

    Que vous inspire la dernière polémique sur les lasagnes Findus ?

    Ça m’inspire que nous n’avons pas les moyens de vérifier la traçabilité des aliments et de vérifier ce qu’il y a dans nos assiettes. C’est honteux d’autant que c’est l’Europe qui le permet parce qu’en France, par exemple, nous voudrions changer l’étiquetage au niveau national et nous n’en aurons pas le droit car le parlement européen l’a refusé. L’Europe est complètement phagocytée par le lobbying et ça, on l’indique dans le film avec l’étiquetage "feu tricolore" défendu par Monique Goyens. Elle avait quelques milliers d’euros pour faire sa campagne mais les lobbies ont un million pour contrer ça. Et ce n’est pas normal. Extrait d'un entretien d'Aurélie Moreau avec Rémy Burkel, auteur d' un documentaire interpellant sur les pratiques de l’industrie agro-alimentaire "De la drogue dans nos assiettes". La Libre.be