carnage

  • Où sont-ils passés ?

    L'étal des poissonniers est de plus en plus tristounet : petites ailes de raies, petits turbotins, petites dorades, petits cabillauds, solettes... Seuls les maatjes et les crevettes grises n'ont pas changé de taille !

    En 1980, il était normal de trouver sur les étals des turbots de 8 Kg. Ils étaient sauvages et avaient une chair délicate. Aujourd'hui, les turbots pèsent 3 Kg à tout casser et proviennent d'élevages. Ils goûtent ce qu'on leur a donné à manger, c'est-à-dire de la farine. Plus rien à voir ! Chez Hof Van Cleef, on peut encore trouver de tels turbots (on en pêche encore 4 à 5 par jour en Belgique), mais à 105 euro la portion (soit le prix du turbot de 8 Kg en 1980)... Un peu dur à avaler ! Même si c'est bon.

    En 2000, on trouvait de belles raies bouclées, au filet épais (4 à 5 cm). Aujourd'hui, le filet de la plupart des raies ne fait plus qu'un cm d'épaisseur ! Plus aucun intérêt, plus aucun plaisir gustatif. Plus qu'à ce souvenir de la finesse de ces filets épais et leur beurre noisette aux câpres !

    Quant au cabillaud Royal, dont les filets de 8 à 10 cm d'épaisseur étaient un pur régal, c'est également fini. Terminé. On a pêché tous les gros, il ne reste que les petits, qui ne deviendront jamais grands. Et demain, on mangera quoi ?

    Terminons avec les Daurades Royales, mon poisson préféré il y a encore peu de temps. Car aujourd'hui, ces daurades d'élevage n'ont ni la grandeur, ni la texture, ni le goût, ni la blancheur de chair, ni la finesse et la fermeté des magnifiques dorades royales d'antan. On en trouve encore quelques spécimens, pêchés dans les Calanques et vendues sur le port de Marseille, à un prix déroutant.

    En conclusion, manger du bon poisson, du vrai, devient un luxe quasi impayable. Ensuite, le goût des poissons proposés aujourd'hui n'est plus du tout pareil : ils sont tous nourris de farines, et goûtent tous la farine. C'est catastrophique. Enfin, puisqu'il n'y a plus de poissons, on racle le fond des océans, à la recherche de nouvelles espèces, protégées jusqu'ici : la Lingue bleue, le Siki, l'Empereur, le Grenadier, le Hoki, le Flétan du Groenland, autant d'espèce qui disparaîtront à leur tour dans fort peu de temps. Et après ?

    Il est grand temps de réguler sérieusement la pêche de façon à permettre aux espèces surpêchées de se reconstituer, d'interdire la pêche des espèces menacées (Thon rouge, par exemple), d'interdire la pêche des hauts fonds, de respecter la saison de reproduction des différentes espèces et surtout, de conscientiser le consommateur de ne plus acheter n'importe quoi, et de boycotter certaines espèces affichées sur les cartes des restaurants. Terriens, il est temps d'agir...