appropriation du vivant

  • Bio piraterie...

    En 2000, débute la commercialisation du médicament Umckaloabo®, produit phare de la firme pharmaceutique allemande Schwabe et élaboré à base de Pélargonium, une variété de géranium dotée de propriétés antimicrobiennes et expectorantes. Fort des profits amassés par la vente de ce produit, le groupe dépose plusieurs brevets afin de s’assurer l’exclusivité de ses droits sur l’utilisation médicale du Pélargonium. C’était sans compter l’intervention de deux organisations, le Centre Africain pour la Biodiversité et la Déclaration de Berne.

    En mai 2008, ces deux organisations s’opposent à l’appropriation du Pélargonium par Schwabe et déposent un recours auprès du Bureau européen des brevets sur la base « d’ une appropriation illégitime et illégale des ressources génétiques issues du savoir traditionnel et d’une opposition flagrante à la Convention sur la Biodiversité ». Leurs revendications se basent sur deux motifs, à savoir la non inventivité et le non partage des bénéfices issus de l’utilisation des ressources génétiques et de la commercialisation du produit naturel. 
De fait, la firme Schwabe n’a fait aucune découverte mais exploite à ses propres fins le savoir-faire traditionnel et les techniques ancestrales de communautés autochtones d’Afrique du Sud, lesquelles utilisent les racines et les extraits du Pélargonium pour traiter la bronchite et certaines affections respiratoires. De plus, malgré les importants bénéfices tirés de la commercialisation de ce produit, aucun pourcentage n’a été reversé aux peuples autochtones.

    Le Collectif Biopiraterie (qui réunit en son sein France Liberté, ICRA, Paroles de Nature et Sherpa.) explique ainsi avoir « contribué à l’élaboration d’un modèle économique démontrant l’écart entre la marge réalisée par l’entreprise Schwabe sur la commercialisation de son médicament (environ 12€) et le prix payé aux producteurs (environ 0,9€), pour une bouteille vendue 15€ aux distributeurs finaux ». 

Une fois n’est pas coutume, ces arguments ont été entendus et ont obtenu gain de cause. En effet, le 26 janvier 2010, l’Office européen des brevets a finalement décidé d’abroger le brevet détenu par la firme allemande Schwabe sur le Pélargonium du Cap.

    Si cette victoire fait écho à un autre succès avec le retrait du brevet sur le Sacha Inchi par le laboratoire Greentech en 2009, la bataille contre la biopiraterie est loin d’être gagnée d’avance. Ces dysfonctionnements témoignent, en effet, des lacunes en matière de respect des droits des peuples autochtones, expropriés de leurs terres et de leurs ressources par des usurpateurs.