agriculture intensive

  • Cessons de tuer la terre pour nourrir l'homme...

    "Il est frappant de constater que ce sont les industries d’armement, surtout allemandes, qui fabriquent les nitrates qui font les bombes des deux guerres mondiales, qui les utilisent pour amender les sols et augmenter les rendements. De l’engrais et de l’explosif, c’est à peu près la même chose. De même, le fameux gaz moutarde employé à Ypres pour la première fois a été testé d’abord sur des insectes. Il tuait parfaitement les êtres humains. Mais, après la guerre, qu’en faire ? Mais un insecticide, pardi ! C’est comme cela que l’on produit le DDT, puis les organochlorés. A l’époque, on n’imagine pas que cela reste durablement dans l’environnement. Mais un jour, quelqu’un s’avisa que les populations d’oiseaux se réduisaient considérablement. C’étaient les premières victimes de ces produits. Le principe est simple : en remontant la chaîne alimentaire, ces produits voient leur concentration multipliée par des millions de fois. Or, nous sommes nous, humains, au bout de la chaîne. Nous mangeons de tout, mais personne ne nous mange. On a transféré la guerre dans le champ et on lutte contre les petites bêtes et les plantes, sans se poser de questions sur les effets sur les humains et la santé. On les a découverts trente ans plus tard.

    Aujourd’hui, on applique en effet des tests préalables à la mise sur le marché qui n’existaient pas autrefois. On ne faisait de tests que pour les médicaments. Avant 1981, on ne faisait aucun de ces tests pour des substances non médicamenteuses comme les insecticides. On a déversé entre-temps des millions de tonnes de produits dont les conséquences sont inconnues. Encore aujourd’hui, les tests employés ne permettent pas de déceler les effets subtils à long terme. Il a fallu que l’on constate des anomalies dans la nature qui ont mis en alerte sur les effets « fâcheux » de ces produits. Le plus important, c’est la perte des spermatozoïdes chez les mâles. C’est très spectaculaire chez des animaux, comme les alligators, les goélands ou les bélugas. Ce sont des effets constatés à l’occasion de populations majeures des eaux par des pesticides, qui permettent de voir en un temps bref les effets de l’exposition à long terme.

    Qu’est-ce que cela prouve chez l’homme ? Des études montrent qu’en deux générations, le sperme humain a diminué de moitié. Parce que l’être humain est au bout de la chaîne alimentaire et que nous stockons ces produits dans nos graisses. Ce sont des phénomènes avérés, ils ne sont plus discutables.

    Mais ils sont concomitants, il n’est pas sûr qu’ils soient la cause de cette infertilité… Même si on a un énorme soupçon…

    C’est davantage qu’un soupçon. On le voit lors d’accidents où des quantités importantes sont déversées d’un coup. Mais il y a aussi des effets cancérogènes, l’effet sur le cancer du sang. Avec des pesticides plus récents, on a constaté des effets neurologiques. On constate par exemple davantage de maladies de Parkinson chez des paysans. C’est aujourd’hui considéré comme une maladie professionnelle. Car ces pesticides plus récents agissent sur le système nerveux des insectes pour les empêcher de se repérer. Hélas, notre système nerveux n’est pas tellement différent. Et il est aussi ciblé par ces molécules, et cela explique pourquoi le Parkinson se développe chez ces agriculteurs. Des études montrent également qu’avec une exposition plus forte, des enfants peuvent avoir des anomalies dans leur système cognitif. Conclusion : il faudrait arrêter les pesticides dès qu’on pourra le faire. Et on peut le faire : je démontre qu’il y a des stratégies qui sont efficaces dans ce domaine. Il s’agit par exemple d’employer des algues pour stimuler la défense naturelle des plantes. Bref s’arranger pour que la plante se défende plutôt que de tuer l’agresseur. Parce que si on tue l’agresseur, on se tue soi-même et la planète derrière. On ne peut pas viser un insecte sans avoir de répercussion sur les autres. Mieux vaut donner à la plante les capacités à se défendre. On peut par exemple stimuler les capacités des plantes à être en symbiose avec des champignons, car leurs filaments dans le sol vont doper la plante en nutriments. Bien nourri, on est plus fort pour résister aux agressions. Et on a des résultats : 60 % de productivité en plus en dix ans. Autre exemple : beaucoup de plantes émettent par leurs racines des substances toxiques pour les mauvaises herbes. Elles se défendent toutes seules. Mais les variétés de riz qui font cela sont des riz à faible rendement. Il suffit de croiser une de ces variétés avec une variété de riz à haut rendement et le tour est joué…

    Mais c’est un OGM ?

    Non, c’est un croisement de la nature, selon la méthode immémoriale du croisement dans la nature. La nature ne prend pas un gène pour le mettre ailleurs, elle change un ensemble de gènes comme on le fait depuis des siècles en agronomie.

    Mais en introduisant la myxomatose en Australie, on pensait aussi simplement limiter la population de lapins. De même, qu’est-ce qui garantit qu’on n’aura pas un effet secondaire majeur qu’on n’avait pas pu deviner parce que les essais se font aujourd’hui sur de faibles surfaces et dans un temps réduit ?

    Les pistes que je décris sont des stratégies qu’on connaît, parce que ce sont celles de la nature. On ne fait pas appel à des substances qui n’existent pas dans la nature et qui apportent alors des risques spécifiques liés à leur nouveauté. Je pense que ces pratiques seront a priori plus sûres, même si on ne peut jamais exclure de mauvaises surprises et il faut que les observateurs soient extrêmement attentifs à une conséquence inattendue.

    Le livre

    Dans son dernier livre, Jean-Marie Pelt décrit comment les pesticides finissent par tuer tout le vivant petit à petit. Mais il donne aussi des solutions de remplacement, comme la juxtaposition de plantes : « Les Indiens Peaux-Rouges mariaient déjà maïs, courges et fèves. Les trois plantes se protègent les unes et les autres des insectes agressifs et des mauvaises herbes, et s’entraident quasi physiquement en dosant le soleil nécessaire. Ce n’est qu’un exemple parmi des milliers d’autres. Ce qu’ont observé les anciens Indiens, des jardiniers amateurs l’ont constaté aussi et pour des dizaines de plantes différentes. Celles-ci échangent azote et phosphates, servent de repoussoir à un insecte dangereux de l’autre plante, bref s’entraident. Que la science observe et multiplie ses exemples et une grande partie des pesticides deviendra totalement inutile ». Assez pour nourrir durablement 9 milliards d’humains à l’horizon 2050 ? Le spécialiste n’élude pas : « Dans le jardin de chacun, une stratégie sans pesticides est déjà possible. Pour l’agriculture intensive, industrielle, de grande surface, je préconise plutôt des stratégies d’emplois de produits non toxiques qu’on appelle des “naturels peu préoccupants“. Il s’agit par exemple d’employer des algues pour stimuler la défense naturelle des plantes. Jean-Marie Pelt, Cessons de tuer la terre pour nourrir l’homme. Pour en finir avec les pesticides. Fayard, 201 p., environ 20 euros. Article de Frédéric Saumois dans Le Soir du 27/09/2012.

  • Tuer la source de vie...

    "Nous ne faisons plus de cultures en Europe, nous gérons de la pathologie végétale. nous essayons de maintenir vivantes des plantes qui ne demandent qu'à mourir, tellement elles sont malades ! Normalement, l'agriculture, c'est cultiver des plantes saines.

    Jusqu'en 1950, on ne mettait pas un pesticide sur les champs de blé en Europe. Il n'y avait pas un traitement fongique qui était appliqué. Maintenant, c'est au moins 3 à 4, sinon le blé, il est pourri avant d'arriver dans le silo.

    Si on met trop d'azote, alors le blé tombe. Alors on met des hormones, comme cela les tiges sont moins hautes. Autrefois, les blés faisaient 1 mètre cinquante, aujourd'hui ils font 60 cm. On les raccourcit avec des hormones. Ces hormones qui font avorter les arbres qui sont autour, et fait disparaître toute la flore.

    Avant, les champs, c'était plein de coquelicots et de biodiversité. Un pays comme la Hollande a déjà perdu 75% de toute sa flore, tellement ils produisent intensivement, à grands renfort de traitements. C'est aujourd'hui le pays avec une des flores les plus pauvres de la planète...

    Les sols abritent 90% de la biomasse vivante. Si on tue cela, on tue tout ce qui est à la source de la vie. Ce sont les microbes qui nourrissent les plantes, qui font qu'elles sont saines, qu'elles sont nutritives pour nous.

    On n'a jamais vécu aussi confortablement qu'aujourd'hui, et pourtant les dépenses de la sécurité sociale ne cessent d'augmenter. Il y a quand même des questions à se poser : est-ce que les gens sont si bien nourris que cela pour être aussi malades ?

    L'argumentation : "oui, mais les gens vivent de plus en plus longtemps" ne tient pas la route dans le sens où les vieillards d'aujourd'hui ont mangé sainement jusqu'en 1970. Et c'est tellement récent dans l'histoire de l'humanité qu'on n'en connaîtra le résultat que dans quelques décennies... Aujourd'hui, 17% des enfants européens sont obèses. On est en droit de se poser des questions sur la qualité alimentaire... "

    Interview de Claude Bourguignon, agronome. Il a quitté l'INRA, parce qu'on lui imposait de cacher la vérité à propos des sols qui mourraient biologiquement. Il est maintenant indépendant, et fait son boulot comme il l'entend. Le devoir des scientifiques est quand même d'alerter le monde agricole. Pas de lui mentir.

    Un petit extrait de film "Alerte à Babylone" de Jean Druon.  A voir absolument ! Et à écouter, puis à méditer...

    http://www.dailymotion.com/video/x1ds9p_alerte-a-babylone-le-film-de-jean-d_news#from=embed