agriculture

  • Agriculture qualitative de terroir...

    Marc Dufumier est agronome et professeur émérite à AgroParisTech. Il a récemment publié "Famine au sud, malbouffe au nord : comment le bio peut nous sauver" (NIL Editions) et contribué à "Altergouvernement : 18 ministres-citoyens pour une réelle alternative" (Le muscadier, 2011). Spécialiste des systèmes agricoles, il défend les systèmes "agro-écologiques", productif tout en restant respectueux de l'environnement.

    Quel regard portez-vous sur le salon de l’agriculture ?

    C’est l’occasion de présenter des animaux, des systèmes de cultures et des produits agricoles de toute la France. Une belle démonstration de ce que l’agriculture française est capable de produire. Mais malheureusement, il n’est pas encore arrivé jusqu’au salon qu’il faudrait produire sans doute moins mais mieux. La qualité sanitaire des aliments et la qualité environnementale de l’agriculture restent encore les parents pauvres du salon.

    Les agriculteurs se plaignent d’être considérés comme des adversaires de la nature. Qu’en pensez-vous ?

    Je comprends qu’ils soient irrités de se sentir stigmatisés. On leur reproche de toucher des subventions pour produire des algues vertes et utiliser des pesticides ou des hormones… Ils répliquent : « Nous avons fait ce qu’on nous a demandé de faire ». Mais qui est ce « on » ? Ce n’est pas le consommateur final !

    Et de fait, ils disposent d’une faible marge de manœuvre : peu de variété de semences, peu de races animales, et des exigences imposées par l’industrie agro-alimentaire et la grande distribution. Pour une large part, ils sont eux-mêmes victimes d’un système.

    Mais le syndicalisme majoritaire les a en même temps induits en erreur en les incitant à fournir toujours davantage de produits standards, du type sucre, poudre de lait, poulets bas de gamme ou blé tout venant, pour devenir compétitifs et vendre au moindre prix. Alors que l’avantage de la France est précisément de produire une grande diversité de produits à haute valeur ajoutée, grâce à la variété des terroirs.

    Exemple ?

    Le lait. On continue d’installer des tours de déshydratation du lait en Bretagne, avec l’objectif d’en exporter de la poudre vers la Chine, alors que cela nous met en concurrence directe avec la Nouvelle-Zélande, dont les prairies sont vertes quasiment toute l’année, et que la valeur ajoutée du lait français serait plutôt dans les bons fromages d’appellation protégée. De même, nous n’avons aucun intérêt à exporter du sucre de betterave, en compétition directe avec la canne à sucre du Brésil. Ce sont des produits de bas prix mais de fort coût environnemental.

    Le champagne, les spiritueux, le foie gras et les fromages AOC, sont des productions plus artisanales, à plus forte valeur ajoutée et qui s’exportent facilement, même en période de crise. Les céréales représentent moins du tiers de nos exportations de produits agricoles, et les plus faciles à exporter sont les blés de force cultivés dans de bonnes conditions. Ce que nous avons plus du mal à vendre, c’est le blé du "club des cents quintaux à l’hectare" boosté aux intrants chimiques.

    Vous rêvez d’une France provinciale, d’un musée des AOC !

    Que la France agricole reste provinciale, cela me paraît assez normal ! Mais elle doit surtout rester ancrée sur les avantages de chacun de ses "pays". L’agriculture de haute valeur ajoutée est aussi celle qui peut créer des emplois. A condition que les produits agricoles soient bien rémunérés.

    Ce qui est possible. Pour preuve : malgré la stagnation du pouvoir d’achat, la France importe chaque année 10% de produits biologiques en plus. Pour avoir des produits de qualité, certifiés, le consommateur est près à payer un peu plus cher.

    Mais le bio n’est pas accessible à tous…

    C’est vrai. Les couches les plus modestes sont contraintes d’acheter à bas prix. Mais en même temps, elles paient avec leurs impôts les coûts invisibles de ces produits : retrait des algues vertes, épuration des eaux, financement de la sécurité sociale qui doit faire face à une prévalence accrue de cancers et maladies neurologiques…

    Dans mon esprit, l’essor de notre agriculture de terroir devra aller de paire avec une distribution plus équitable des revenus. Mais on pourrait commencer par la restauration collective. Tous les ans, la Politique agricole commune verse 9,5 milliards d’euros aux agriculteurs français, ce qui correspond au plan de reconstruction d’Haïti sur dix ans. Or ces sommes sont tout juste associées à quelques conditionnalités écolo.

    Une part de ces 9,5 milliards d’euros pourrait retourner aux agriculteurs via la restauration collective. Les écoles, collèges et cantines d’entreprises, achèteraient des produits biologiques et de terroirs à leur vrai prix ; et grâce à ces subventions, les agriculteurs seraient bien rémunérés sans que les couches modestes aient à payer plus. Ils seraient alors plus nombreux à se convertir au bio.

    Vous proposez également qu’on rémunère les agriculteurs pour leurs services environnementaux…

    Oui, une autre part des subventions européennes pourraient transiter par les conseils régionaux, qui négocieraient avec les agriculteurs un cahier des charges environnemental, conforme aux besoins locaux et rémunéré moyennant le service rendu : entretien de haies - brises vents, assolements diversifiés, protection des abeilles, etc. Les conditions d’accès aux subventions ne seraient pas définies de façon uniforme pour tout le territoire comme c’est le cas aujourd’hui dans les 27 pays de l’Union européenne.

    Ce n’est pas la voie que prend la renégociation actuelle de la Politique agricole commune…

    Les choses avancent de façon beaucoup trop timide. La Commission a formulé des propositions qui doivent être discutées en Conseil de ministres. Cela changera peu la donne. En revanche, lorsqu’elles passeront devant le Parlement européen, il nous sera possible de faire pression en faveur d’une politique qui rémunère les agriculteurs selon la qualité de leurs produits et les services rendus à l’environnement.

    Il faut aussi que l’Europe élève des barrières douanières contre l’importation des tourteaux de soja du continent américain, en remettant en cause les accords de Blair House, qui libéralisent le commerce des protéines végétales. Nous devons retrouver une plus grande souveraineté pour produire nos propres légumineuses.

    Quel est l’intérêt des légumineuses ?

    Trèfle ou luzerne pour les vaches, féveroles ou lupin pour les porcs, légumes secs du type haricot ou lentilles pour les hommes… Ces produits nous procurent des protéines. Mais en plus, elles fertilisent les autres cultures en rotation. Dans notre agriculture standard qui les a minorées, on nourrit les animaux avec des soja ou tourteaux de soja importés du nouveau monde et on fertilise les sols avec de l’urée et des ammonitrates dont la fabrication exige de l’importation de gaz naturel ou norvégien. Une fertilisation très émettrice de protoxyde d’azote, un gaz à effet de serre 290 fois plus réchauffant que le gaz carbonique.

    Dans votre modèle, peut-on nourrir tout le monde en bio ?

    Réduire notre production de sucre, de poudre de lait et de poulets en batterie ne sera pas un drame, puisque nous sommes en surproduction. Cela libèrerait des terres pour produire nos propres protéines végétales, restaurer notre indépendance alimentaire et exporter de bons produits. Quant aux pays du Sud les plus déficitaires, ils pourront ainsi accroître leurs rendements sans avoir à souffrir de nos surplus."

     Par Morgane Bertrand, Journaliste Société Planète

  • Nicolas Hulot, Président de la République...

    "Nous ne pouvons plus attendre pour que les enjeux écologiques et climatiques soient enfin considérés comme une priorité, a indiqué Nicolas Hulot lors d'une conférence de presse à Paris. Ou nous décidons d'opérer la mutation écologique ou nous allons subir de force cette mutation". Il lance aujourd'hui aux Français un appel à la mobilisation écologique à soutenir le Pacte écologique, disponible à partir de mercredi sur le site www.pacte-ecologique-2007.org. Et interpelle les candidats pour leur demander de s'engager sur ce pacte dont l'objectif est de placer les enjeux écologiques et climatiques au cœur des débats politiques à venir. Il vise à interpeller tous les candidats à l'élection présidentielle, au-delà des clivages politiques, à mobiliser les citoyens et à ouvrir le débat public en proposant aux candidats 10 objectifs et 5 propositions concrètes pour alimenter leurs programmes. On y retrouve la création d'un poste de vice-Premier ministre chargé du développement durable, l'instauration d'une nouvelle taxe carbone qui croîtrait de manière progressive jusqu'à ce que la division par quatre des émissions soit atteinte, une réorientation des subventions agricoles vers une agriculture de qualité, la systématisation des procédures de démocratie participative et enfin la mise en place d'une politique d'éducation et de sensibilisation. Et si les candidats à l'élection présidentielle ne s'engagent pas maintenant sur cette voie, il soumettra alors sa propre candidature...: 43% des Français seraient déjà prêts à le soutenir dans cette démarche ! Coluche l'avait fait pour blaguer, Nicolas Hulot le fera pour quelque chose de beaucoup plus sérieux : notre futur !