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  • Gilles-Eric Séralini : Comment un OGM, un pesticide et un système peuvent être toxiques...

    Dans le domaine de la toxicologie alimentaire, Food and Chemical Toxicology est sans aucun doute la revue la plus réputée au monde. Son comité de lecture a étudié quatre mois durant notre étude et pris soin de nous demander des analyses complémentaires avant d'accepter de la publier (Tous cobayes, Flammarion, 256 p., 19,90 euros).

    Nos résultats ont montré la nocivité d'une absorption sur le long terme d'un organisme génétiquement modifié (OGM) alimentaire, le maïs NK603, et de l'herbicide qui lui est associé, le Roundup. Il s'agit de la première étude toxicologique menée sur deux ans et fondée sur un tel nombre de paramètres biologiques, d'analyses anatomo-pathologiques, etc. A ce jour, plus de 160 scientifiques du monde entier nous ont apporté leur soutien ou souligné l'originalité de notre travail, dont l'unique statisticien de l'Académie des sciences.

    En moins de trois semaines, différentes agences chargées de l'évaluation de ces substances ont nommé des sous-comités qui viennent de discréditer notre recherche. Ainsi peuvent-ils ne pas interdire l'OGM et le pesticide en question...

    Néanmoins, il y a un premier pas : l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) et le Haut Conseil des biotechnologies (HCB) appellent à tester dorénavant à long terme ces substances. Ce que quelques autres et moi-même n'avons cessé de réclamer depuis quinze ans. Les citoyens savent désormais que la science "digne" et "bonne", les autorités garantes de leur santé, n'ont jusqu'à présent pas cru bon de devoir l'exiger.

    En 2003, ces mêmes comités ont accepté la mise sur le marché par Monsanto dudit maïs NK603 à partir de tests réalisés sur une durée huit fois inférieure à celle de notre étude, sur la même souche de rats (le Sprague Dawley, qui est le mammifère utilisé dans les expériences de ce type) et des groupes d'animaux analysés n'excédant pas dix individus (comme dans notre étude). Que le nombre de paramètres biologiques et d'organes analysés ait été très largement inférieur aux nôtres ne les a nullement empêchés de donner leur feu vert (je siégeais à l'époque à la commission du génie biomoléculaire). C'est du Dr Jekyll et Mr Hyde !

    Ces agences reprochent à notre étude une faiblesse statistique, elles qui n'ont jamais exigé des industriels le dixième de ce qu'elles nous intiment de fournir aujourd'hui, elles qui ont même accepté, sans sourciller, des tests sanitaires de quatre-vingt-dix jours ou moins, menés sur des groupes de quatre ou cinq rats, par exemple pour la mise sur le marché de la pomme de terre Amflora (EFSA, 2006) !

    Elles ont même parfois donné leur accord sans qu'il y ait eu tests sur des animaux. Elles nous réclament des détails encyclopédiques sans lesquels il leur "serait impossible de conclure à la validité de nos résultats", mais n'ont jamais exigé des industriels la simple transmission publique des analyses de sang dont elles ont pourtant confirmé qu'elles ne révélaient rien. Ce sont elles qui ont entretenu l'omerta des industriels sur les données sanitaires de leurs tests. "Secret industriel oblige", rétorquent-elles.

    Surtout lorsqu'on est juge et partie et qu'aucune loi n'empêche les scientifiques ayant des conflits d'intérêt de siéger dans des commissions d'intérêt national ou international... Mais qui s'offusque de ces collusions, de cette absence de transparence préjudiciable à la santé publique, donc aux citoyens ?

    La science "digne" et "bonne" ne s'arrête pas en si tordu chemin : l'ensemble des six académies scientifiques – ou plus exactement, d'après témoins, deux personnes par académie et pas en séance plénière... – a rendu un avis sur notre étude. Tout y prête à commentaire, aussi m'arrêterai-je seulement sur trois points.

    1. "Il serait particulièrement dangereux d'évoquer une nécessité éventuelle d'expériences à long terme à l'occasion de cet article...".

    On croit cauchemarder en boucle. Ces académiciens qui, en leur temps, ont minimisé les dangers de l'amiante, etc., ne sont même pas capables de préconiser le minimum du minimum, des tests obligatoires de trois petits mois pour la mise sur le marché d'un OGM ; ni d'imposer qu'un pesticide soit testé dans sa formulation commerciale, tel que l'agriculteur ou le jardinier l'utilise (ce que nous avons fait dans notre étude).

    Car l'industriel n'a l'obligation de tester à long terme que la molécule active (le glyphosate dans le cas du Roundup). Des adjuvants sont intégrés pour potentialiser l'effet d'un produit chimique ou d'un vaccin, mais cette synergie n'a aucune conséquence sur les organismes vivants... C'est bien connu puisque ce n'est pas testé.

    2. Contrairement à ce qu'ils me reprochent, je n'ai pas employé indifféremment les mots "tumeur" et "cancer" dans notre étude : le Roundup s'avère un perturbateur endocrinien, et nous avons constaté qu'il provoquait plus de cancers chez les femelles que chez les mâles.

    3. "La mobilisation médiatique savamment orchestrée autour de travaux sans conclusion solide pose un problème éthique majeur." Vraiment ?

    Mais minimiser les effets sanitaires, fermer les yeux sur les lacunes du système d'évaluation et les conflits d'intérêts, soutenir l'omerta industrielle, est-ce éthique et responsable ? Enfin, qui peut penser que nous avons organisé la médiatisation de nos résultats simultanément en Russie et en Inde, pays qui ont pris immédiatement des mesures sur les OGM agricoles, en Chine, aux Etats-Unis, en Amérique du Sud, au Canada, en Afrique, et j'en passe ?

    Des personnes "expertes" sont allées jusqu'à demander, avec une violence exceptionnelle dans notre milieu, à l'éditeur de Food and Chemical Toxicology de retirer notre publication. Certains comprendront pourquoi nous avons choisi de ne pas avertir à l'avance les autorités sanitaires du pays : si nous l'avions fait, c'est l'étude elle-même qui n'aurait pu être conduite jusqu'à son terme. Et il importe plus que jamais que notre étude soit examinée et prolongée, mais par des scientifiques indépendants.

    On lit ici ou là que des millions d'animaux et d'Américains mangent des OGM tous les jours depuis des années, sans conséquence aucune : comment proférer une telle contre-vérité ? Outre-Atlantique, les filières ne sont pas séparées, les OGM pas étiquetés, aucune épidémiologie n'est donc possible.

    La transparence des données sanitaires, les études de long terme et l'expertise contradictoire sont des nécessités absolues. Nous pouvons contribuer à les mettre en place. L'explosion des maladies chroniques depuis une soixantaine d'années devrait inciter nos responsables politiques à prendre en compte les alertes en matière de santé et d'environnement, et à ne pas cautionner la réfutation précipitée, la mise au pilori organisée.

    C'est de conscience et de solidarité que notre société a besoin ; en un mot, de sagesse. Les scientifiques ont le droit de se tromper. Mais ils ont le devoir d'éviter ce qui peut être évitable : la plupart des grands scandales de santé publique le sont. La science que je pratique n'est pas faite pour nourrir l'ogre insatiable de la finance mais pour protéger les êtres humains d'aujourd'hui et de demain. (Article de Gilles-Eric Séralini, Professeur de biologie moléculaire à l'université de Caen, Criigen, paru dans Le Monde de ce week end).

  • OGM, ou la science contre la démocratie...

    "Les contrefeux destinés à discréditer l’étude de Gilles-Eric Séralini et sa personne ne sont pas près de cesser : « rien de nouveau, manque d’information sur la composition de la ration alimentaire, protocole expérimental biaisé, échantillon statistique insuffisant, présence possible de mycotoxines, coup médiatique, etc. » Séralini témoignerait d’un biais anti-Ogm, accusent ses critiques - parabole de la paille et de la poutre. Mais la toxicologie est la seule discipline scientifique où ne rien trouver assure une carrière paisible. Montrer des dangers des éthers de glycol, du nucléaire, du sel, des Ogm expose à des déboires sûrs plutôt qu’à des promotions. Le courage et le mérite de Séralini et de quelques rares scientifiques d’aller à contre-courant sont d’autant plus grands. Tout aussi délicat à manier est l’argument que Séralini utilise une souche de rats sensible aux tumeurs. C’est suggérer qu’il aurait dû utiliser une souche résistante pour ne gêner personne et, bien sûr, laisse soupçonner que cette toxicologie sous influence peut choisir, si nécessaire, la “bonne” souche pour obtenir les “bons” résultats. 

    Depuis le début de cette guerre de tranchées en 1997, les Ogm assurent la carrière, les contrats, les crédits, la consultance, les brevets, les “starts-up”, l’aggrandissement des laboratoires et le prestige scientifique à ceux qui les font. Ils ont un intérêt personnel à leur succès, ce qui n’a, disent-ils, pas d’influence sur la Vérité si bien protégée par La Méthode. A ce complexe génético-industriel s’oppose une opinion publique dont le bon sens lui dit que si les scientifiques sont dans leur laboratoire, ce n’est pas parce qu’ils savent mais bien parce qu’ils ne savent pas et qu’il est dangereux de s’en remettre à des ignorants, même si, en bons dialecticiens (là aussi, qui s’ignorent), ils se font passer pour des “savants”. Particulièrement lorsque les connaissances et les représentations évoluent à tout vitesse, ce qui est le cas. Pendant des décennies, 95% ou plus de l’ADN était non-fonctionnel, mais il s’avère depuis quelques jours que cet ADN “poubelle” jouerait un rôle fondamental. 

    Les Ogm sont-ils scientifiquement dangereux pour la santé publique, pour l’environnement ? Peut-être ? Peut-être pas ? Peut-on juger leur dangerosité éventuelle pour les humains sur des rongeurs? C’est la pratique toxicologique barbare imposée, alors que des tests sur cultures de tissus humains permettraient de cribler rapidement les quelques 100 000 molécules de synthèse en circulation. Ces tests sont bon marché, rapides, et raisonnablement fiables : autant de raisons pour que les industriels les refusent. Reste que notre intérêt est de soutenir ceux que les lobbies industriels et leurs mercenaires cherchent à faire taire. Qu’on se souvienne du rôle des médecins mercenaires dans le désastre de l’amiante. Mais plutôt que se laisser piéger par une expression qui implique que la modification génétique est le problème (ce qui conduit à le confier aux experts sous influence), il faut se tourner vers la réalité, la marchandise, que les Monsanto, DuPont, Syngenta, Dow, Bayer et autres fabricants d’agrotoxiques (car ce sont ces industriels qui contrôlent les semences dans le monde) vendent sous cette expression. Après tout, c’est nous qui l’ingurgitons. Autant savoir de quoi il s’agit. 

    Les lois et règlements exigent que les plantes semées soient “homogènes et stable”». Le premier adjectif signifie que les plantes doivent être identiques (aux défauts inévitables de fabrication près) et le second que la même plante soit offerte à la vente année après année. Le rôle semencier est donc de faire des copies d’un modèle de plante déposé auprès d’instances officielles. Le terme “clone” désigne, je pense de façon appropriée, la marchandise vendue, bien que les biologistes récusent ce terme qu’ils voudraient réserver à la reproduction végétative, la pomme de terre par exemple. Ils préfèrent donc continuer à utiliser le terme variété, « le caractère de ce qui est varié, contraire de l’uniformité » selon le dictionnaire. La variété chez les plantes est l’équivalent de la race chez les animaux (les Vilmorin utilisent indifféremment les deux mots dans leur livre de 1880, Les meilleurs blés) et renvoie à l’idée de caractères communs particulièrement visibles dissimulant des variations moins évidentes mais importantes. Partout, mais particulièrement en science, les mots doivent désigner la réalité. Lorsque le terme usuel implique le contraire de ce que l’on voit, c’est qu’il faut la cacher. Le paysan produisait du blé, le système agro-industriel produit des profits en transformant les pesticides en pain Jacquet. Le capitalisme industriel a siphoné la substance des activités qui ont fait notre l’humanité mais il serait dangereux que nous nous en rendions compte. Il fait tout pour entretenir l’illusion. 

    Ces clones sont “pesticides”. Le président Sarkozy a condamné les “Ogm pesticides” lors de son discours de clôture du Grenelle de l’Environnement. Il a donc condamné 99,6% des “Ogm” commercialisés. Le pourcentage est le même cinq ans plus tard. Mais qui fabrique les Ogm-pesticides ? 

    Ces clones pesticides sont de deux types, ceux qui produisent une toxine insecticide, ceux qui absorbent un herbicide sans mourir. De plus en plus, ces deux traits se retrouvent simultanément. La toxine insecticide est produite par toutes les cellules de la plante. L’herbicide, lui, pour agir doit pénétrer dans la plante. La construction génétique introduite dans la plante neutralise son action. La plante survit et l’herbicide reste. C’est le cas du Round-up qui fait la fortune de Monsanto. Dans les deux cas, le pesticide entre dans l’alimentation. Le but des fabricants d’agro-toxiques est, on le voit, de changer subrepticement le statut des pesticides : de produits toxiques à éliminer autant que possible de notre alimentation, ils sont en train d’en faire des constituants de notre alimentation. Le principe de l’équivalence en substance, scientifiquement ridicule mais qui fonde la “sécurité alimentaire” – tant qu’une fraise transgénique ne ressemble pas à une pomme de pin, elle est “substanciellement équivalente” à une fraise normale – permet de courtcircuiter les tests coûteux et longs qui grèvaient les profits des agrotoxiques chimiques. 

    Il n’y a pas de conséquences néfaste, nous affirment les fabricants d’agrotoxiques et leurs experts d’autant plus facilement qu’ils se gardent bien de faire les travaux approfondis qui permettraient (peut-être) de les découvrir. Ils se contentent de s’assurer “scientifiquement” que « dans l’état actuel des connaissances scientifiques », on ne peut pas “scientifiquement” démontrer une toxicité éventuelle. Ils font de l’absence de preuve la preuve de l’absence. Or l’état de ces connaissances est balbutiant. Les bactéries de notre tube digestif sont 100 fois plus nombreuse que les cellules de notre corps. On connaît 5 à 10% seulement de ce microbiote, qui joue un rôle physiologique important – et mal connu. Il en est de même pour les micro-organismes du sol – une poignée de terre fertile contient de 5 à 50 milliards de bactéries, pour ne rien dire des champignons, des actinomycètes, des algues etc. 80% de la biomasse se trouve dans les 30 premiers centimétres de la sol et nous détruisons cette pellicule moléculaire de Vie qui assure le fonctionnement des grands cycles biologiques du carbone, de l’azote, de l’eau etc. On ne sait presque rien du développement de l’œuf fécondé à l’organisme final : l’oreille par exemple avec son pavillon, son conduit auditif, le tympan, l’enclume, l’étrier, les canaux, le limaçon et ses cellules ciliées qui transmettent le son au nerf auditif, tout ceci est délicatement et admirablement façonné spatialement, arrangé avec précision dans le temps et l’espace et se met exactement à sa place – à partir d’une seule cellule ! Tout plonger dans un bain de perturbateurs hormonaux et autres produits chimiques est d’autant imprudent que ces molécules peuvent entrer en synergie et être plus toxiques encore à des doses non mesurables. Pour résumer, l’Italie nous a offert un plat sublime de simplicité, la pasta al pesto. Les fabricants d’agrotoxiques veulent nous imposer désormais la pasta al pesticida. Ce n’est pas à leurs mercenaires de décider de notre appétit. 

    Enfin, ces clones pesticides sont brevetés. L’enjeu ? Les être vivants se reproduisent et se multiplient gratuitement. La loi de la vie s’oppose à la loi du profit. La vie a donc tort. Ce projet de société, l’expropriation de la vie, commence avec le capitalisme industriel. Dès la fin du 18ième siècle, les aristocrates anglais infatués de courses de chevaux créent un système administratif du contrôle du “sang” de leurs animaux. Il est l’image dans un miroir des règles aristocratique de transmission du pouvoir et de la richesse. Les papiers administratifs (le “pedigree”) et le contrôle des saillies assurent aux aristocrates éleveurs le monopole du “sang” de leurs animaux. Un animal qui a des “papiers” a de la valeur, un animal roturier ne vaut que sa roture. Ce système est repris au début du 19ième siècle pour les animaux de ferme et perdure encore avec les livres des origines. Pour les plantes, il faut attendre bien que, dès la fin du 19ième siècle, les sélectionneurs se plaignent de l’injustice de la Nature. Elle prendra différentes formes. Biologique avec le fameux maïs “hybride” que les agriculteurs ne peuvent re-semer sans chute de rendement – une des plus belles escroqueries scientifiques du siècle passé et présent, ce monopole permettant de multiplier par 50 ou 100 le prix des semences - le non moins fameux Terminator de mars 1998 qui permet de faire des plantes dont la descendance est carrément stérile. 

    Monsanto s’est immédiatement jeté sur Terminator, ce produit de la collaboration de la recherche publique (!) et d’une entreprise privée, lui assurant ainsi une publicité mondiale. Cet Ogm “répugnant” révélait le secret le mieux gardé de la génétique agricole : séparer ce que la vie confond, séparer la production de la reproduction. Technologie et précipitation inopportunes, car les fabricants d’agrotoxiques étaient sur le point d’arriver discrètement à leurs fins avec la Directive 98/44 “de brevetabilité des inventions biotechnologiques”, péniblement transposée en droit français à l’unanimité (sauf le groupe communiste) à la fin 2004. Ce brevet - un monopole accordé à un cartel et le renforçant - favorise, prétend-t-on l’Innovation alors que la doxa économique enseigne depuis Adam Smith que la concurrence assure le Progrès. Quelle imposture ! Le Parti Socialiste a assorti son vote d’une demande de renégociation dont plus personne n’a entendu parler. En France, d’ailleurs, multiplier les obstacles règlementaires pour empêcher l’agriculteur de semer le grain récolté est une spécialité des ministres socialistes de l’agriculture, de Michel Rocard en 1995 à Jean Glavany (2001) en passant par Henry Nallet (1989). Mais Glavany a surclassé ses prédécesseurs avec sa “cotisation volontaire obligatoire”, une taxe sur les semences de ferme (non commerciales), pour secourir une interprofession sous la coupe du cartel. 

    Une société démocratique doit-elle se laisser dicter sa loi par les experts – ces « hommes compétents qui se trompent en suivant les règles » (Paul Valéry) - pour évaluer la dangerosité des clones pesticides brevetés (ou tout autre problème)? Pas besoin d’expert pour se rendre compte que nous courons au désastre. Des clones, alors que la diversité biologique cultivée est à l’agonie. Des clones pesticides qui permettent d’éviter les tests coûteux imposés aux agrotoxiques chimiques et nous enfoncent dans l’addiction à des poisons qui créent leur propre marché et l’élargissent constamment car les ravageurs et les pathogènes les contournent inévitablement. Des clones pesticides brevetés qui confient notre avenir biologique aux fabricants de produits en “cide”, aux fabricants de mort. 

    L’expression Ogm et les débats qu’elle impose, typiques de notre époque d’enfumage, révèlent l’état de notre démocratie. Appeler les choses par leur nom, ouvre un possible renouveau démocratique: démonter une législation semencière dépassée qui impose les clones et condamne des associations qui, comme Kokopelli, luttent pour sauvegarder la diversité. Lutter sérieusement contre l’addiction aux pesticides. En finir, enfin et surtout, avec le brevet du vivant. Le PS n’a–t-il pas dit qu’il en demanderait la renégociation ? 

    Bien entendu, les sycophantes détournent l’attention en annonçant l’avènement d’Ogm philanthropiques et verts. Les Ogm vont nourrir la planète et protéger l’environnement annonçait Axel Khan dans Les Echos en 1998. Mais nous n’avons toujours que des clones pesticides brevetés. Comment ces Ogm philanthropiques et verts pourraient-ils être ceux d’une société où la maximisation du profit est la seule règle, où les experts scientifiques sous influence remplacent la démocratie, où les “empoisonneurs publics” (Roger Heim, Président de l’Académie des Sciences dans sa préface au livre de Rachel Carlson, “Un printemps silencieux” de 1964 – une autre époque) et marchands de Mort ont toute liberté pour confisquer la Vie. Les Ogm philanthropiques et verts sont ceux d’une société démocratique et libre, donc philanthropique et verte qui, pour ces raisons, n’en aura pas besoin."

    Article rédigé le 25 septembre 2012 par Jean-Pierre Berlan, ex-Directeur de Recherche de l'INRA (Institut National de la Recherche Agronomique).

  • OGM : la roulette génétique...

    Article intéressant sur Agora Vox, à propos du nouveau livre de Jeffrey Smith : Genetic roulette. L’auteur  américain décrit le début des ogms agricoles dans un scénario à la Hitchcock, où on voit une agence de régulation (la FDA) donner son accord en 1992 à la mise en agriculture des ogms tout en autorisant sa mise en circulation dans l’alimentation humaine et animale sans étiquetage ni séparation des filières. Ce n’était pas nécessaire ! Dès 1992, la FDA disait explicitement « L’agence n’a aucune raison de juger que ces aliments dérivés de ces nouvelles méthodes diffèrent des autres d’une façon significative ou uniforme ». Et sur cette base, la FDA a simplement déclaré que des études d’innocuité poussées n’étaient pas nécessaires et qu’il appartenait aux producteurs de vérifier qu’il n’y avait aucun problème. Avec aussi peu d’obstacles, la voie était ouverte à un déploiement rapide de cette nouvelle industrie , avec des conséquences évidentes : les agriculteurs n’avaient aucune raison de refuser des pratiques agricoles autorisées par la loi et les semenciers n’ont eu aucun mal à les convaincre. La suite est connue : les USA le faisant, la tentation fût grande de le faire ailleurs par supposition implicite (ils le font, donc ils ont jugé après études qu’il n’y avait aucun risque, faisons pareil). Surtout au regard des lois de l’OMC il devenait de fait impossible de refuser l’importation de ces produits autorisées aux USA sans avoir toutes les preuves scientifiques qu’ils présentaient un danger indubitable. On les vit donc apparaître en europe et ailleurs. En 1999 cependant, une action en justice amenait la FDA à « libérer » 40 000 pages nous apprenant que la FDA avait eu pour consigne expresse de l’exécutif de favoriser les biotechnologies et que la personne chargée de ce dossier au sein de l’agence sur cette période était l’ancien avocat de Monsanto, qui devait devenir, après que la réglementation soit établie ,vice-président de la société en question (for a job well done)... On appris aussi qu’il y avait consensus au sein des scientifiques de l’agence pour juger que ces produits étaient significativement différents et que ces aliments pouvaient créer des effets secondaires imprévisibles et ardus à détecter nécessitant donc des études à long terme d’innocuité pour chacun d’entre eux, incluant des tests sur des volontaires humains, pour se prémunir contre les risques d’allergies, de toxines, de nouvelles maladies et de problèmes nutritionnels ou environnementaux. On sait désormais que leur opinion n’a pas prévalu et que leur silence a été imposé vu les délais importants que cela aurait présenté pour les industriels en attente du feu vert. Si le passé, là-bas peut éclairer l’avenir ici...

    Que savons-nous en 2008 sur les risques potentiels des ogms ?

    En résumé, assez pour affirmer qu’ils n’ont aucune chance d’échapper à la loi de Murphy.

    La base des biotechs est le postulat émis par F. Crick qu’un gène donne une protéine sans rétroaction. Nous avons toutes les preuves que c’est faux. Il y a bien plus de protéines que de gènes (grâce à l’épissage alternatif par ex), ce qui veut dire que le gène implanté pour fabriquer la protéine voulue à la capacité d’en faire d’autres dont nous ne savons rien.

    Le « promoteur » d’origine virale couramment utilisé pour permettre une production en continue et à haute dose de la protéine a montré sa capacité à activer en permanence d’autres gènes avec des conséquences potentiellement graves quasiment pas étudiées.

    La (les) technique(s) d’implantation du transgène sont connues pour occasionner des dommages collatéraux sur le receveur (en clair , elles occasionnent des dégâts qu’on peut assimiler à des maladies génétiques induites). Les conséquences ont été peu explorées.

    La technique de multiplication de la cellule transgénique est la cause de très nombreuses mutations , peu étudiées.

    Le « terminateur » qui indique où se termine la lecture de l’ADN du transgène pour la fabrication de l’ARNm a été reconnue comme défectueux.

    Le postulat du gène « légo » qui fonctionne en solo, sans être influencé ni influencer a depuis longtemps volé en éclat, c’est toujours un des piliers de la technique.

    On a montré que l’insertion d’un seul transgène peut modifier l’expression de 5% des gènes de l’organisme receveur (grâce à la technologie des puces à ADN) sans étude des conséquences potentielles de cette découverte.

    On a montré que l’expression d’un gène dépend de l’environnement dans lequel il s’exprime or le mélange des genres (cas de le dire) est à la base de la technique.

    On a montré lors d’une seule étude sur des volontaires humains la présence de bactéries « RoundUp Ready » dans leur intestin, attestant du transfert horizontal de gène. Que se passera-t’il le jour où un gène fabricant un insecticide sera intégré dans une bactérie intestinale ?...

    On a surtout montré à travers l’expérience du Pr Pusztai (chargé au milieu des années 90 par le gouvernement britannique de concevoir le protocole pour tester les ogms) que c’est manifestement la technique qui est en cause et potentiellement dangereuse.

    Le fait de l’avoir dit à l’époque a d’ailleurs été la cause de son limogeage et de la fin de ces travaux, même s’ils restent probablement la meilleure étude jamais faite à l’heure actuelle sur le sujet.

    On comprendra, dans ces conditions que les spécialistes en matière de couverture des risques (la corporation des assureurs) à travers la planète entière refusent d’assurer cette activité (une singularité partagée avec le nucléaire) sans que le législateur ne s’en émeuve outre mesure, quand chaque citoyen est dans l’obligation de s’assurer pour tous les risques qu’il peut faire courir...

    Il est désormais inscrit dans la loi française que le « sans-ogm » s’entendra « avec » (on a parlé de 0,9% de limite de présence, un chiffre substantiellement différent de zéro) or on a déjà l’expérience du caractère allergisant de certains ogms (sans que la plante non-ogm le soit, ce qui en dit long sur l’équivalence en substance brandit en toute circonstances) ce qui posera de vrais soucis aux allergiques et on sait d’ores et déjà que tout problème sanitaire ou environnemental majeur ne pourra être pris en charge que par la collectivité dans l’hypothèse ou la charge de la preuve pourrait être apportée.

    Or tout laisse à penser qu’on ne pourra avoir de preuve...

    Un boulevard est donc ouvert à la plus grande expérimentation jamais faite sur l’espèce humaine, même si quelques garde-fous sont encore présents chez nous.

  • L'ADN de la vigne n'a plus de secret...

    De part son importance dans la culture française mais aussi de part sa place dans l’histoire de l’homme depuis le Néolithique, la vigne a été l’une des premières plantes à fleurs candidates au séquençage. Un consortium public franco-italien publiait fin août dans l’édition électronique de la revue Nature une version de haute qualité du génome de Vitis vinifera qui confirme la richesse aromatique de cette plante. Les chercheurs ont sélectionné une variété issue du fameux Pinot noir, le cépage bourguignon, et l’ont cultivée sur plusieurs générations afin de réduire la variabilité génétique de la plante. La plupart des variétés de vigne sont en effet très fortement hétérozygotes, elles possèdent fréquemment deux allèles différents d’un même gène, soulignent Patrick Wincker (Génoscope, CNRS, France) et ses collègues. La plante qu’ils ont séquencée est homozygote à plus de 90%. Sur les 30.000 gènes répertoriés, une grande quantité produisent des molécules essentielles aux arômes du vin. Vitis vinifera possède par exemple beaucoup plus de gènes codant pour des tannins ou des terpènes que les autres plantes dont l’ADN est connu. Au cours de l’évolution ces gènes ont été amplifiés au sein du génome de la vigne, expliquent les chercheurs. Ils ont également découvert un grand nombre de gènes codant pour le resvératrol, un polyphénol qui serait au cœur du ‘’paradoxe français’’, apportant ses bienfaits aux buveurs modérés de vin rouge. Grâce à la séquence de l’ADN de la vigne, les scientifiques espèrent aider les viticulteurs à mieux lutter contre les ravageurs et les maladies de la vigne : on pourra mieux cibler les traitements et utiliser des produits moins nocifs pour le sol et pour la santé. Cela ouvre également de nouvelles pistes de recherches sur les arômes et le goût du vin, même si, sur ce terrain, il est difficile de concurrencer le savoir-faire des vignerons et des œnologues. Seul bémol, cette découverte ouvre également toute grande la porte aux essais transgéniques sur la vigne ! Et je parie que d'ici peu, Monsanto, toujours avide de profit, proposera des pieds de vignes V1 qui produiront 4 fois plus de raisins, trois fois plus gros et protégés contre le mildiou, l'oïdium et la pourriture grise... Seuls, le goût et la qualité des tannins seront altérés. Mais çà, ils s'en foutent...

  • OGM diabolique et ADN...

    Les faucheurs volontaires d'OGM, par leur action illégale, contribuent à mettre sur la place publique un débat confisqué sur l’alimentation et le contrôle des expérimentations scientifiques que nous souhaitons. Des expériences ont prouvé, autour d'un champ fauché que les cultures voisines et des ruches ont été contaminées, battant en brèche les propos rassurants sur le caractère improbable d’une dissémination des OGM. Les champs voisins contiennent de 0,1 à 0,3 % de maïs transgénique, et on observe jusqu’à 40 % de pollen contaminé pour les ruches ! Les résultats sont vus comme une surprise, chacun sait pourtant que les abeilles et le vent ignorent les différences de parcelles, les grillages et les décrets préfectoraux. Et, au lieu de relever l'empreinte ADN de ces faucheurs d'OGM arrêtés en plein délit, les autorités feraient mieux de relever celles des espèces végétales avoisinantes, menacées de disparition ou de mutation ! Car dans 20 ans, les faucheurs existeront toujours. Elles plus. Et, à leur place, je relèverais déjà les empreintes ADN de ces dirigeants de multinationales agro-alimentaires (ADVANTA, ALTADIS, ARVATIS, AVENTIS, BASF, BAYER, BIOGEMMA, CFS, DOW AGROSCIENCES, DU PONT DE NEMOURS, GNIS, LIMAGRAIN, MAISADOUR, MERISTEM THERAPEUTICS, MONSANTO, NOVARTIS, PIONEER, et SYNGENTA) qui tentent d'inonder le monde avec ces semences diaboliques, car d'ici peu, ils voleront en prison, accusés de crime contre l'humanité...