échange

  • Dégustation du lundi 227

    Nouvelle dégustation à l'aveugle, ce lundi après un week-end épuisant partagé entre les Play-Off Hockey et les 10 ans de Classic 21.

    Le premier vin présente une robe foncée et un fort beau nez sur des fraises bien mûres et des Quetsches en compote. En bouche, toujours ces fruits mûrs, sans grande complexité, et avec cette petite note poivrée nous amenant sur une Syrah. Belle finale aussi, non asséchante et avec une imposante acidité qui revient : Le Domaine de Lucie 2010 en Crozes Hermitage Aux Racines de Saint Jean, de Lucie Fourel. Fort agréable.

    Le second flacon, à la robe également foncée, présente un nez concentré. La bouche est d'abord massive et imposante, avant que tout ne tombe très vite pour laisser place à un élevage trop marqué, avec une finale boisée et asséchante. Dommage, car j'attendais tout autre chose de ce vin : de petits fruits tout en dentelle...La Ciaude 2010 en Minervois du Domaine Anne Gros et Jean Paul Tollot.

    Le troisième vin, à la robe rubis présente un beau nez et une bouche mature, sur la finesse, avec une pointe d'alcool. C'est une belle bouteille, qui s'ouvre à l'aération : Terrebrune 2004 en Bandol. Je vais arrêter d'amener des bandols à ces dégustations car les compères s'y attendent tous les lundis, et ne cherchent pas plus loin...

    La quatrième bouteille présente une robe noire et un nez assez fermé pour le moment. La bouche est riche, sud, colorée et charpentée, avec un petit côté lacté avant que les tannins non encore fondus rendent la finale asséchante. Ce vin, composé de 80% de cépages plutôt épicés et tanniques est bu trop jeune : Clos Baquey 2011 (bouteille 6141 sur 8.000) en Côtes du Marmandais, dans le sud-ouest.

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    Bref, rien de vraiment transcendantal ce soir, si ce n'est le Led Zep écouté en fin de dégustation. La suite des aventures du Clos lundi prochain.

  • La lame de fond des digital natives (génération Y) : révolution en cours au niveau mondial...

    Extraits d'un article hyper-intéressant sur le changement de société en cours au niveau mondial, lu dans Le Monde de ce week-end. C'est un peu long (heureusement que ce ne sont que des extraits...), mais vous comprendrez mieux ce qui se passe, ce qui nous attend et comment s'adapter...

    Septembre 2013. Un bijoutier niçois tue son agresseur et reçoit, en cinq jours, plus d’un million de soutiens sur Facebook. Massif, ce mouvement numérique a laissé l’appareil d’Etat « comme une poule avec un couteau », avoue aujourd’hui un membre d’un cabinet ministériel. « Devant ces nouveaux usages en ligne, ajoute-t-il, nous avons du mal à formuler des réponses. »

    Qu’il y ait eu ou non manipulation des chiffres, cette mobilisation hors norme est intéressante, quand on sait qu’un rassemblement en soutien au bijoutier, organisé à Nice le 16 septembre, n’a pas réuni plus de 1 000 personnes. « On a toujours relié manifestation physique et soutien affectif, observe le PDG d’Ipsos, Jean-Marc Lech. Or le numérique entraîne une révolution de l’appréhension sociologique. »

    Surtout, ce mouvement sociétal d’un nouveau type révèle que, dans leur grande majorité, les élites tombent de l’armoire numérique et ne soupçonnent pas la lame de fond sociétale qui se forme. L’« homo numericus » avance à toute vitesse. Bien plus vite que les gouvernants, institutions et intellectuels, souvent dépassés.

    « Une véritable culture nouvelle, initiée par les “digital natives”, c’est-à-dire la “génération Y”, se répand mondialement, explique Marie Ekeland, vice-présidente de France Digitale, association qui soutient le développement des start-up. Ceux qui cantonnent le numérique à une économie à part n’ont pas compris le phénomène. »

    « Un signe majeur de la déconnexion des élites est l’usage de l’expression “nouvelles technologies”. Ils parlent de “plan numérique” comme si on planifiait la récolte de blé en URSS, cherchant à contrôler des choses qui ne sont pas contrôlables. »

    En France, c’est à leur propre court-circuitage, par le biais de YouTube, Twitter ou Facebook, que syndicats et lobbys traditionnels ont assisté en 2013. La Fédération nationale d’équitation, au bord de la route numérique, a découvert sur Facebook la croisade des éleveurs équins contre l’« équi-taxe ». Même surprise du patronat concernant les colères fiscales des « tondus », « poussins » et « abeilles », inspirées de celle des « pigeons », en novembre 2012, mouvement rejoint tardivement par un Medef dépassé. « C’est le bas qui pousse, estime Jean-Marc Lech. Cette société de liberté déborde toutes les élites, sans aucune culpabilité. »

    Massivement, et mondialement, l’outil Internet engendre de nouvelles pratiques économiques et sociétales. Les internautes tissent des liens horizontaux, achètent et vendent sur Leboncoin.fr, pratiquent le covoiturage grâce à BlaBlaCar, conduisent la voiture de leur voisin au moyen de Ouicar.fr, s’entraident sur Craigslist.org, se logent sur Airbnb.com…

    « On pourrait dire que ces usagers court-circuitent les intermédiaires, mais ce terme signifierait qu’ils y mettent une volonté politique. Or ces pratiques ne sont pas clivantes au sens droite-gauche. Issus de tous bords, les citoyens s’emparent d’Internet pour agir différemment et réinventent la société à leur échelle. Sans même le chercher, ils questionnent l’organisation pyramidale gouvernée par les “sachants” », explique Antonin Léonard, cofondateur de la communauté OuiShare.

    Cette société civique qui s’auto-organise a déjà ses têtes de pont, prêtes à jouer dans la cour mondiale des grands : OuiShare, catalyseur des pratiques collaboratives, a des relais à Rome et Berlin ; le réseau Sandbox fédère, de San Francisco à Pékin, un millier d’entrepreneurs de moins de 30 ans qui réseautent et s’entraident ; du Brésil aux Philippines, Plus Social Good rassemble ceux qui « cherchent des solutions collaboratives aux problèmes sociaux », explique le polytechnicien Ismaël Le Mouël, fondateur de Helloasso.com, qui a déjà récolté 4 millions d’euros pour 2 000 associations.

    Sans centre, sans frontières, ces pratiques déstabilisent. Et pour cause : « Dans l’histoire, ce sont les puissants qui se sont organisés en réseaux larges, pas vraiment le socle de la société », explique l’historienne Marjolaine Boutet. Ainsi de l’essor mondial du financement participatif ou crowdfunding. « La récente étude de la Banque mondiale, évaluant le marché à 10 milliards de dollars [7,3 milliards d’euros] en 2025, a été un électrochoc pour le milieu bancaire français », note Vincent Ricordeau, fondateur du site Kisskissbankbank.com, qui aide à financer clips, films, musique… « Nous sommes désormais approchés par des groupes financiers, mais leurs réactions oscillent entre tentatives de récupération ou d’intimidation. La créativité culturelle est aux mains d’un très petit nombre de gens, les élites. Le monde ne pourra changer que si chacun peut avoir accès à sa propre créativité. »

    Toujours dans le domaine financier, l’ex-banquier d’affaires de BNP Paribas Charles Egly a créé avec son camarade de HEC Geoffroy Guigou la banque de particuliers à particuliers Prêt d’union… pour donner du sens à son travail. « J’avais un poste très intéressant intellectuellement, mais aride humainement », résume-t-il. Son site vient de recevoir un soutien financier de taille. Non du secteur financier classique –: « On m’y a expliqué que les banques étaient des intermédiaires inévitables depuis cent cinquante ans et qu’il n’y avait pas de raison que cela change » –, mais du norvégien Schibsted, maison mère du Boncoin.fr, qui vient de miser plusieurs millions d’euros.

    « Nous assistons à une bataille mondiale entre les élites 1.0, prises à rebours par la base et ses idées, et les élites 2.0, qui se positionnent sur cette nouvelle économie et remettent en cause les vieux modèles ».

    « C’est un problème générationnel violent. La philosophie de certains nouveaux comportements, comme le partage de l’information ou l’échange, est pour eux contre-intuitive. » 

    « Le problème en France n’est pas tant la déconnexion des élites que la nature même de l’élite, recroquevillée sur les énarques, que l’on retrouve partout, dans les banques, les assurances, les grands groupes, les cabinets d’avocats, les cabinets ministériels, à l’Elysée, à la direction des partis politiques… Cette élite parisienne unidimensionnelle, qui manque de diversité, manque aussi de capteurs pour saisir la société. Autant l’“énarchie” a été très utile pour construire la nation, autant actuellement, compte tenu de cette révolution numérique, elle devient un obstacle. » 

    Face à ce nouveau monde, cette élite réagit classiquement : « Elle a été formée à l’idée que la volonté générale ne peut être produite que par elle et non par la société, où il y a trop d’intérêts et de passion. C’est une culture de méfiance des risques de fauteurs de trouble, poursuit-il. Mais la déconnexion n’est pas à sens unique. En bas, la société fonctionne sur elle-même, en réseau. Elle pense, communique sans les élites, invente ses propres règles et se moque de les faire passer par le haut. Le peuple se déconnecte aussi. »

    Un double mouvement exacerbé par l’attitude des « élites intermédiaires », poursuit-il. Autrement dit les intellectuels, les médias, les universitaires qui ont l’oreille des puissants. « La grande majorité d’entre eux ne jouent pas leur rôle de passeur pour raconter ce qui arrive. Ces intermédiaires rêvent d’appartenir à l’élite principale et cherchent donc à lui plaire. Ils adoptent les codes et les sujets de prédilection de celle-ci. Bien sûr, il existe des penseurs connectés, mais même s’ils ont du succès, notamment par des livres, ils n’ont pas de capacité d’influence. »

    « Depuis la révolution agricole, il y a dix mille ans, nous sommes organisés de manière pyramidale. Nous avons eu les rois, puis les bourgeois après la révolution industrielle, puis les grandes écoles depuis la seconde guerre mondiale. Nous sommes dans une fabrique d’élite intergénérationnelle qui pousse ses dauphins pour pérenniser le passé et le pouvoir. Je viens d’interviewer 2 500 créateurs de start-up. La France 2.0 est très réveillée. Elle a un fonctionnement horizontal. Il n’y a que les élites qui ne le voient pas. »

    « Le numérique n’a été abordé qu’en termes de média et de notoriété. On n’a rien compris de la culture qui est en train de transformer la façon de travailler, de se lier. La désintermédiation remet en cause les rentes de situation, qui sont vues comme des abus, explique-t-il. Il faut apprendre à diffuser les informations, lâcher prise, collaborer, co-créer. Cela produit un nouveau type de richesse, mais c’est une rupture culturelle : il faut faire confiance à la masse, prendre le risque d’ouvrir les vannes. Le droit de propriété est remis en cause, le principe même de l’autorité remis en question. Tout cela est déstabilisant pour le corps professoral. C’est souvent parce que l’on pense avoir une autorité que l’on n’écoute plus. Il s’agit d’un véritable défi de formation. »

    « La technologie a toujours été un élément perturbateur, insiste, de son côté, Dominique Rousseau. L’imprimerie a permis a des gens qui n’étaient pas connectés de le devenir. Au numérique de jouer son rôle. Dans l’histoire, les séquences sont toujours les mêmes : le vieux, la crise, puis le neuf. Le moment est dangereux et passionnant. » Adrienne Alix, qui fut historienne, spécialiste du XVIIIe siècle, avant de travailler à Wikimédia, abonde dans ce sens : « Le climat me fait penser à la période précédant la Révolution française, quand se sont développés des livres clandestins, une façon de court-circuiter le monde de l’édition aux mains des élites. Elles considéraient ces écrits comme de la pornographie. Mais de ces auteurs sont sortis certains tribuns de la Révolution. »

    Dominique Rousseau perçoit un changement de cycle. « La démocratie ne peut vivre sans élite. Elle est constituée d’un ensemble de personnages qui ont sur la société un savoir, une connaissance, une compétence. » Mais qui constituera l’élite de demain ? « A la différence du XVIIIe siècle, où Voltaire et Rousseau – fait prisonnier pour l’un, conspué par le système pour l’autre – étaient très connectés et ont produit des thèses qui ont eu un écho dans la société, les livres équivalents sur l’époque actuelle ne sont pas encore sortis. Cela va sûrement passer par les réseaux sociaux, qui vont produire ce qui est invisible aux yeux des élites. De là surgiront les intellectuels qui vont donner des mots au monde qui vient. »

    Lire l'entretien avec le médiéviste Patrick Boucheron : « L’écart entre gouvernants et gouvernés atteint un maximum ». Laure Belot Journaliste au Monde.

     
  • Dégustation du lundi 135...

    Ce lundi 7 février, nouvelle dégustation à l'aveugle au Clos, avec 4 blancs et 2 rouges. Moi qui n'adore pas les blancs, je suis servi... On fera donc un effort...

    Première bouteille, à la robe pâle, et au nez floral et citronné. La bouche, fraîche, très citronnée et acide, est vive, tendue et longue. Beau vin de soif : Jacquère 2007 Cuvée Vieilles Vignes en Vin de Savoie du Domaine Louis Magnin. Domaine fort réputé pour ses vins rouges.

    Seconde bouteille, à la robe toute aussi pâle et au nez plus classique et plus travaillé. La bouche, classique elle aussi, est gentille, sur des agrumes, toute en longueur, avec de l'élevage en finale. Chardonnay ? Oui, en Bourgogne sud, à Mâcon : Mâcon Uchizy 2009 de Raphaël Sallet. Un inconnu pour le Clos. Jamais dégusté auparavant.

    Troisième bouteille, à la robe toujours pâle, et au nez de Pina Colada (noix de coco et ananas) exotique. La bouche alcoolisée, est puissante, ronde et fraîche, toujours sur la même Pina Colada. C'est extrêmement aromatique et assez perturbant : L'effrontée 2007 du Domaine de Vénus en Vin de Pays des Côtes Catalanes.

    Quatrième et dernier blanc de la soirée, à la robe toujours aussi claire, aux reflets dorés, et au nez frais, rond et citronné. En bouche, c'est gras, c'est rond, sur des agrumes, avec un boisé pas encore totalement fondu. C'est un Bourgogne classique : Saint Aubin 2008, 1er Cru en Remilly de Philippe Pacalet. C'est bon. Sur 2008, il est quand même plus fort en blancs qu'en rouges.

    Enfin les rouges avec cette cinquième bouteille à la robe pourpre et au nez brut et fermenté sur des griottes. En bouche, un très beau fruit, un beau grain très fin, magnifique, sur des griottes en finale. Un raisin sain et mûr, le fruit et les tannins du fruit, sans boisé ni sécheresse comme à Bordeaux : Les Mûres 2009 du Château de Roquefort en Côtes de Provence. Très belle bouteille.

    Sixième et dernier flacon de la soirée, à la robe rubis et au nez fruité, puis vanillé. En bouche, c'est gentil, lisse, polissé, sans plus. Languedoc ? Raté : Mestizaje 2009 Mustiguillo à Valence en Espagne. Pas folichon...

    La suite lundi prochain.