• Les jeunes générations doivent faire attention...

    Les jeunes générations doivent faire attention.


    Attention à Google qui vous fourni les informations qu’il souhaite vous donner et pas toutes les autres. Google n’est pas la source complète et juste d’informations mondiales gratuite que l’on pense : c’est une entreprise privée ! Danger.


    Attention à la suppression du cash. Vous payez tout avec votre smartphone. Même plus besoin de carte bancaire ! N’oubliez jamais que le cash, c’est la liberté. Et la roue de secours en cas de problème (panne informatique, faillite banque ou état, etc…). Danger.


    Attention aux Traités de libre échange. C’est top de pouvoir commander n’importe quoi dans le monde entier et d’être livré quelque jours plus tard. Mais n’oubliez pas que nous nous sommes battus pendant des décennies pour faire appliquer le principe de précaution au niveau des produits chimiques utilisés pas les multinationales dans tout ce qu’elles produisent. Nous avons dû lutter contre elles, contre le lobbying qu’elles exerçaient (à coups de millions d’euros) auprès des instances nationales et européennes, contre les fausses études et rapports (subventionnés par elles) et contre les fausses informations inondant le net (organisées par elles afin que l’accès aux vraies infos soit impossible). Et maintenant que les portes sont bien fermées, ils vont rentrer par la fenêtre avec le CETA et le TTIP… Danger.


    Attention à votre alimentation. Vous êtes ce que vous mangez. Il faut éviter toute nourriture industrielle, tout plat préparé. Mangez BIO, local et de saison. Cuisinez vous-même et retrouvez le goût des vrais aliments. Consommez des fromages au lait cru et des produits artisanaux locaux. Ne faites jamais confiance aux multinationales agro-alimentaires, aux grosses chaînes de distribution et grandes surfaces commerciales. Il suffit d’observer la progression de l’obésité et du diabète dans le monde. Danger.


    Attention à l’eau. Boire 1,5 litres d’eau par jour. Faux : cela dépend de votre constitution et de ce que vous mangez. On a besoin de beaucoup moins. Le vrai problème : quelle eau et dans quel contenant ? Pour éviter les bisphénols, plastiques, polluants chimiques, traces d’hormones et de médicaments. Danger.


    Attention aux ondes. Avec le 5G qui arrive, le Wi-fi omni-présent, les objets connectés, on est bien obligé de subir, sans connaître les répercussions à moyen et long terme. Protégez-vous. Simple principe de précaution. Danger.


    Attention à la biodiversité. Gardez le contact avec la nature. N’oubliez jamais que c’est la terre qui nous nourri. Nous nous devons de préserver la biodiversité (végétale et animale) et de la léguer aux générations futures. C’est le patrimoine de l’humanité. Et cela ne peut, en aucun cas être confisqué ou approprié par des multinationales. Pour quelque raison que ce soit. Danger.

  • Libre-échange : le CETA ne vous veut pas du bien.

    Libre-échange : le CETA ne vous veut pas du bien.


    A l'occasion de la venue en France du premier ministre canadien, Justin Trudeau, la directrice de l'ONG Foodwatch France, Karine Jacquemart, souligne les failles de cet accord commercial entre l'Europe et le Canada.


    Justin Trudeau arrive en France dimanche 15 avril pour trois jours. Il y a fort à parier que les photographes se régaleront en immortalisant la rencontre du premier ministre canadien et d'Emmanuel Macron, ces deux quadragénaires qui incarnent une nouvelle génération de leadeurs politiques. " Nouvelle génération ", c'est aussi le terme accolé à l'accord de libre-échange CETA qui lie l'Europe et le Canada. Le CETA est le premier d'une série d'accords qui ne se contentent plus de réduire les barrières tarifaires (les droits de douane), mais visent à supprimer tous les " obstacles au commerce ", ce qui inclut les différences de réglementation qui nous protègent sur le plan sanitaire, social et environnemental.


    Les sourires confiants et les poignées de main des deux hommes qui ne manqueront pas pendant cette visite ne doivent pas faire oublier les risques du CETA et le fait qu'en matière de commerce, le Canada n'est pas le pays inoffensif de notre imaginaire collectif. Loin de là ! Justin Trudeau déclarait il y a un an au Parlement européen quele CETA est " un accord moderne ", qui va " améliorer la vie des Canadiens et des Européens ". Or, c'est faux.


    Nombre d'analyses – y compris celles produites par la commission d'évaluation de l'impact du CETA, présidée par l'économiste Katheline Schubert et dont les membres sont nommés par M. Macron – montrent que le CETA va ébranler notre démocratie et fait peser des risques considérables sur les droits des consommateurs et des citoyens, sur l'agriculture, l'alimentation et sur la protection de notre environnement.
    Nous ne sommes pas opposés aux accords de commerce. Mais la pilule du CETA est trop grosse à avaler. Les tactiques employées par cet accord d'un nouveau genre montrent bien que les intérêts des puissants acteurs économiques priment sur l'intérêt général.
    Pour mieux " harmoniser les normes ", la première tactique utilisée est la dissuasion : si l'Union européenne – ou un Etat membre – décide demain d'interdire un pesticide ou un nouvel OGM, ou de rendre obligatoire un nouvel étiquetage, elle pourra être attaquée par le Canada s'il considère que cette contrainte est contraire à l'accord. Le CETA donne aussi le droit exclusif aux investisseurs étrangers d'attaquer, devant un tribunal d'arbitrage spécial, l'UE ou les Etats membres qui prendraient des décisions, par exemple de santé publique, perçues comme une entrave au commerce.


    La deuxième tactique consiste à contourner l'opinion publique et le processus démocratique. Les accords comme le CETA sont dits" vivants " : ils instaurent des mécanismes qui façonneront les réglementations publiques après la signature de l'accord. Forum de coopération réglementaire, comité mixte, comités spécialisés, tous ces nouveaux dispositifs vont interférer dans les décisions législatives et réglementaires, sans contrôle démocratique adéquat de nos élus. Le Canada n'a pas tardé à actionner un de ces outils pour remettre en question le projet d'interdire le glyphosate en France, herbicide le plus vendu au monde, en mettant ce point à l'agenda de la première réunion du comité CETA consacrée aux mesures sanitaires et phytosanitaires en mars, comme l'a révélé un document qui a fuité.
    Principe de précaution. Au nom de quoi protégerait-on la santé des citoyens européens des risques de substances comme le glyphosate ? La réponse est évidente : au nom du principe de précaution, ancré dans les traités européens et la Constitution française. C'est grâce à lui que l'Europe a, par exemple, interdit les importations de bœuf aux hormones. Mais le Canada ne reconnaît pas ce principe et exige des preuves scientifiques pour interdire la commercialisation d'un produit. Le principe de précaution dérange. A tel point que, dans les années 1990, le Canada (avec les Etats-Unis et d'autres pays) avait attaqué l'UE devant l'Organe de règlement des différends (ORD), tribunal de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).


    En 1998, l'OMC avait condamné l'UE, contrainte d'accepter un compromis et d'augmenter le quota d'importation de bœuf sans hormones. Le scénario s'est répété en 2003 lorsque le Canada a dénoncé devant l'OMC la réglementation européenne sur les OGM, jugée trop restrictive. Là encore, l'OMC n'a pas défendu le principe de précaution européen et l'Union européenne a dû s'engager à rediscuter avec le Canada de la question des OGM. C'est cette promesse qui se matérialise aujourd'hui dans l'article 25.2 du CETA intitulé " Dialogue sur les questions de l'accès au marché de la biotechnologie ".
    A-t-on tiré les leçons du passé en inscrivant noir sur blanc dans le CETA, dans le traité européen avec le Marché commun du Sud (Mercosur) et les autres accords en cours de négociation que les décisions protectrices de l'UE ou de ses Etats membres sur la base du principe de précaution ne pourraient pas être attaquées par nos partenaires commerciaux ou leurs investisseurs ? Non !


    Dans le CETA comme dans la série d'autres accords en négociation avec les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay…), le Japon, le Vietnam, l'Indonésie, etc., le principe de précaution est à peine mentionné, la plupart du temps dans un chapitre " développement durable " non contraignant. En somme, quand les grands producteurs d'OGM ne peuvent entrer en Europe par la porte, le CETA et autres accords de libre-échange leur permettront de passer par la fenêtre… La même fenêtre reste ouverte à de nombreux produits qui ne sont pas, ou plus, homologués par l'UE mais sont toujours sur les marchés de ses partenaires. Le rapport Schubert sur l'impact du CETA s'inquiète par exemple des grandes différences de conditions d'élevage entre l'UE et le Canada.


    Emmanuel Macron s'était engagé à tenir compte des conclusions de la commission Schubert. Force est de constater aujourd'hui le fossé entre ses déclarations et les faits. Malgré les débats sur le CETA, cet accord est mis en œuvre de façon " provisoire " avant même son adoption finale ; l'UE continue comme si de rien n'était à négocier d'autres accords tout aussi dangereux. Ces accords sont le contraire de " l'Europe qui protège " promise par le président français. Dans un contexte de repli sur soi et de défiance vis-à-vis de l'Europe, il est dangereux de rester sourds à celles et ceux qui réclament des accords de libre-échange plus justes, plus de transparence et plus de démocratie. Emmanuel Macron et Justin Trudeau doivent de toute urgence remettre le CETA au menu de leurs discussions pour que les droits des citoyens et la protection de notre planète soient enfin au centre des politiques commerciales.


    Karine Jacquemart
    © Le Monde