Je m'inquiète...

 

Je m'inquiète.

Je m'inquiète face à la montée continue de la précarité, qui touche de plus en plus de monde.

Je m'inquiète face aux diminutions de budget pour les universités, et l'enseignement en général.

Je m'inquiète face aux restrictions budgétaires des hôpitaux.

Je m'inquiète face à la dégradation de l'environnement et aux échecs répétés des sommets tels que celui de Copenhague.

Je m'inquiète du processus mondial de dégradation en cours que ni les politiciens, ni les grands industriels ne veulent stopper, car il y va de leurs intérêts à court terme.

Je m'inquiète du résultat désastreux de la spéculation sur tout ce qui représente une valeur, et de la mondialisation mise en place.

Je m'inquiète de l'arrogance de la puissance économique et financière mondiale, pourtant responsable de l'endettement phénoménal des états, et donc des citoyens. Et des années de rigueur annoncées pour éponger ce déficit...

Je m'inquiète du fiasco des "stress tests" organisés en juillet en grandes pompes sur toutes les banques européennes (qui l'ont réussi), alors que les banques irlandaises viennent de s'effondrer...

Je m'inquiète de la société de plus en plus répressive, de la limitation progressive des libertés individuelles, et de la perte d'indépendance de la justice.

Je m'inquiète de cette jetabilité généralisée : le produit jeté par le consommateur, l'entreprise jetée par le spéculateur, les employés jetés, et même les consommateurs jetés (après avoir été empoisonnés).

Je m'inquiète de la standardisation des comportements via le marketing.

Je m'inquiète de l'extériorisation des savoirs, de la bêtise systémique des responsables politiques, financiers et industriels qui ignorent le fonctionnement mais ruinent le monde.

Je m'inquiète du monde politique soumis au diktat des multinationales et de la lenteur incroyable qu'il a à promulguer des lois bannissant tout ce qui est nocif pour le consommateur, mais rapporte gros aux multinationales.

Et, comme dit le philosophe Bernard Stiegler dans Le Monde de ce week-end, nous assistons aujourd'hui à une prolétarisation généralisée dans laquelle les travailleurs n'ont plus de savoir-faire, les consommateurs n'ont plus de savoir-vivre, les concepteurs et les décideurs n'ont plus de savoir théorique, et sont donc complices, volontaires ou non, d'escrocs et de mafieux qui exploitent cette situation qu'ils ont créée. L'unique solution est de passer à un nouveau modèle économique qui dépasse le court terme pour le long terme, ce qui passe par une politique et une économie capables de se projeter et de rendre désirable un avenir industriel qui permette de quitter  progressivement le modèle actuel, devenu toxique.

En attendant que tout ceci se mette en place, nous assisterons certainement à des manifestations d'envergure de la population européenne.

 

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