• Dégustation du lundi 123

    Cela aurait dû être une soirée anniversaire, et cela n'a pas été le cas. D'abord nous n'étions que 4, l'un d'entre-nous vendangeant en Loire, ensuite les bouteilles dégustées, un cran en-dessous de l'attente. Pas grave, on remettra cela.

    Premier flacon, à la robe foncée et au nez laiteux, fruité et frais. Classique et sans défauts. La bouche, sur des fruits rouges et des tannins. C'est jeune, fin et distingué, mais l'acidité est marquée par l'élevage : il manque une intensité de fruits pour équilibrer le tout : Mas Jullien 2006 en Coteaux du Languedoc. Un peu décevant : il manque le côté abouti que l'on trouve d'habitude dans ce vin...

    Second flacon, à la robe rubis clair, au nez très spécial de Pinot Noir d'Alsace, de Muscat, de poivre blanc et d'arôme d'amandes. En bouche, c'est sans prétention, gentil, léger, aqueux, nordique : Pinot Noir 2009 Vlaamse Landwijn, Domein De Kluizen. 

    Troisième flacon, à la robe identique, et au nez excellent, propre, net, sur du fruit. En bouche, c'est bien meilleur que le précédent, c'est rond, tranquille, comme un bon jus ample et long sur des fruits concentrés : Le Clos de Rouge-Cloître 2009 (bouteille n° 16 sur 24) à Bruxelles. Pas mal du tout ! Très fiers de nous.

    Quatrième flacon, à la robe claire et au nez bizarre et bidouillé. La bouche, trop maîtrisée, monolithique, part un peu dans tous les sens. On pense à un Pinot Noir bourguignon basique : Bourgogne Côtes d'Auxerre Pinot noir 2008 du Domaine Goisot en Bio. Pas terrible du tout...

    On acheva cette dégustation à l'aveugle avec un vin à la robe foncée et un peu évoluée, et au nez chaud et exotique, avec de l'alcool. En bouche, c'est toujours chaud mais moins exotique. C'est assez fluet sur une finale rêche et boisée : La Dérobée en Coteaux de Loir 2006 de Nathalie et Christian Chaussard.

    Le programme des dégustations de la saison à venir devrait être communiqué cette semaine. Nous connaîtrons alors le thème imposé pour lundi prochain. Bonne semaine à tous. 

     

  • Les plaisirs du marché et des produits de saisons.

     

     

    Quel beau samedi matin ensoleillé pour aller au marché et chercher l’inspiration pour les repas du week-end.

     

    Les dernières tomates, les dernières prunes, la pleine saison des champignons, des noix, des raisins, des pommes et des poires : les étals des maraîchers présentent d’excellents produits de saison et locaux, et il faut en profiter. 

     

    Quelques beaux cèpes, pas trop chers tellement il y en a cette saison, attirèrent mon regard : une bonne poêlée de cèpes au beurre bio, avec 2 ou 3 gousses d’ail violet de Provence, un rien de persil haché et quelques croûtons maison frits, c’est le bonheur assuré !

     

    Quant à ces dernières petites prunes de Namur, pourquoi ne pas en faire une délicieuse compote ? Ou de la confiture pour les matins hivernaux ?

     

    Et que dire de toutes ces pommes et poires bio, de tant d’espèces différentes : on est vraiment tenté de toutes les goûter ! Et ces superbes noix, que l’on pourra conserver pendant des mois.

     

    Une botte de jeunes oignons, une botte de radis, une autre de persil plat, du vrai fromage blanc gras, et voilà un autre repas.

     

    Ce sont des moments que j’apprécie, parmi ces producteurs, cultivateurs, maraîchers, fiers de leur production, fiers de la filière Bio, et qui vendent des produits sains, qui ont du goût, et qui sont produits ici, à côté de chez nous.

     

    Cela change de ces produits insipides et inodores vendus sous cellophane par les grandes surfaces, traités plus de vingt fois avec des pesticides et des conservants, et cultivés à des milliers de kilomètres d’ici...

  • Dégustation du lundi 122

    Profonde tristesse devant ce Clos moribond, ces ceps agonisants envahis par le mildiou, ces grappes qui ne seront jamais vendangées, ces vignes sans feuilles, laissées à elles-mêmes, sans soins, depuis des mois : une vision d’enfer. Ces pauvres ceps de 14 ans d’âge, tant choyés, seront bientôt arrachés pour faire place à de nouveaux ceps. D’autres variétés, en blanc, mieux adaptées au climat. Telle est la décision qui est tombée il y a plusieurs mois. Une page se tourne. Et un nouveau Clos va renaître, repensé, et en évitant les erreurs du passé. 

     

    Juste après cette vision apocalyptique démarra la dégustation habituelle du lundi, avec 3 rouges. Le premier, à la robe rubis, présente un beau nez, très avenant, avec un côté exotique et sudiste. Hélas, la bouche est sèche et trop barriquée. Il y a trop de tannins et pas assez de fruit. Trop de fûts neufs : c’est déséquilibré. Château Simone 2006 Grand Cru de Provence, Palette. Fort dommage pour ce vin pourtant souvent apprécié.

     

    Le second vin présente la même robe rubis, et un nez exotique lui aussi, mais plus complexe que le précédent, sur du lard, du fumé et du soleil. La bouche, plus fondue que le précédent, est plus harmonieuse, moins exotique qu’au nez, sur du fruité, du boisé, de l’acidité et une belle longueur. On pense à un bordeaux en 2003 pour son bel élevage au nez, sa bouche complexe, le côté très mûr, la chaleur due à l’alcool et la finesse due au cépage. C’est raté : Sito Moresco 2007 Langhe de Gaja.

     

    La troisième bouteille présenta une robe noire, et un nez puissant sur des fruits noirs. La bouche, puissante, fruitée, présente une belle acidité sans trop d’alcool. Cela me fait penser à “Robrum Obscurum”, mais ce n’est pas cela : Clos Apalta 2007 de Lapostolle, Limited Release, Estate Bottled, Chili.

     

    Lundi prochain, soirée anniversaire. Et donc, quelques beaux flacons en perspective. Qui vivra verra.

  • Au Repos de la Montagne

    Voilà que ce restaurant de quartier, situé à 2 pas de la Place St-Job, vient de renaître. Les 2 nouveaux gérants lui ont redonné son âme d'antan, redécorant le lieu avec les affiches et bibelots de l'époque qui avaient été stockés dans une cave par le propriétaire, ou par des voisins. Tout a été ramené, et l'ambiance est là. Bien là.

    Côté carte, un lunch à 13,50 euro pour 2 plats (ou 10,50 pour un plat) renouvelé chaque jour selon l'humeur du Chef et les produits du marché. Tout est frais, tout est fait maison, et cela se goûte. Que ce soit le succulent Tartare de Boeuf haché à la minute, laitue et frites maison (13,50), le Pavé de Boeuf flambé au Cognac, crémé ou non (15,50) ou le Duo de Solettes Meunières, Mousseline de pommes de terre (17,20).

    Les croquettes de crevettes maison valent, elles aussi, le détour : servies comme il se doit (juste du citron, du persil frit et quelques crevettes grises, et pas avec une immonde salade de carottes râpées et de chou blanc qui accompagne trop souvent cette délicate entrée). L'enrobage est fin et croustillant, la farce est liquide et bien garnie en crevettes. Pas de goût farineux, pas de fromage ou de sauce bisque qui tuent la délicatesse de la crevette grise. C'était vraiment parfait.

    Côté vin, la carte débute à 15 euro et propose quelques flacons intéressants. Le Cairanne 2006 Cuvée Léa Felsh du Domaine Catherine Le Garell, en bio, était vraiment bon, sur le fruit, avec un bel élevage et de la rondeur. A 25 euro la bouteille, c'était fort honnête.

    Bref un endroit à re-découvrir, pour le décor, pour l'ambiance, pour l'assiette et le verre. Et pour l'accueil très sympa des 2 nouveaux gérants dynamiques et pointilleux sur la qualité des matières premières et leur fraîcheur.

     

  • Bill Gates, Monsanto et consorts...

    Créée en 1994 par le fondateur de Microsoft, William H. Gates, la Fondation de Bill et Melinda Gates exerce une forte influence sur les politiques mondiales de développement agricole, générant des centaines de millions de dollars afin de soutenir des projets incitant paysans et agriculteurs à utiliser les semences et produits agrochimiques génétiquement modifiés de Monsanto. Selon La Via Campesina (1), mouvement international de paysans, celle-ci s’est d’ailleurs récemment portée acquéreuse de 500 000 actions de la compagnie Monsanto pour la somme de 23 millions de dollars. 

    Depuis 2006, la Fondation Gates collabore avec la Fondation Rockfeller, décrite comme un fervent promoteur des OGM à destination des populations pauvres. Cette collaboration travaille à la mise en place de l’Alliance pour la révolution verte en Afrique (AGRA), programme qui permettrait aux semences GM commercialisées par Monsanto, DuPont et Syngenta de faire leur entrée sur le continent africain. D’après La Via Campesina, au Kenya, environ 70 % des bénéficiaires d’AGRA travailleraient directement avec Monsanto et près de 80 % des financements de Gates dans le pays seraient dédiés à la biotechnique. En outre, plus de 100 millions de dollars de subventions auraient été accordés à des organisations kenyanes liées à Monsanto. 

    Sous couvert de dévouement humanitaire, la Fondation ouvre donc de nouveaux marchés à Monsanto, bien qu’il s’impose déjà comme le plus grand semencier du monde. Ainsi, en avril 2010, la Fondation Gates ainsi que les ministres des finances des USA, du Canada, d’Espagne et de Corée du Sud s’engagèrent à financer 880 millions de dollars dans l’optique de créer le programme mondial sur l’agriculture et la sécurité alimentaire (GAFSP), géré par la Banque mondiale. En juin, le GAFSP aurait fait don de 35 millions de dollars à Haïti afin d’élargir l’accès des petits paysans aux « intrants agricoles, à la technologie et aux chaînes de production ». Selon La Via Campesina, le mois précédent, Monsanto aurait annoncé son attention de donner 475 tonnes de semences à Haïti, étant entendu que celles-ci seraient distribuées par l’Agence américaine au développement international (USAID). Or, détail notable, l’administrateur d’USAID, Rajiv Shah, travaillait auparavant pour la Fondation Gates, avant d’être employé par le gouvernement d’Obama en 2009. 

    Œuvrant également en amont, la Fondation aurait attribué en 2008 la modique somme de 26,8 millions de dollars à l’université de Cornell pour la recherche sur le blé. Par la suite, c’est au tour de l’université de l’Etat de Washington de se voir offrir la somme de 1,6 millions de dollars en vue de développer des variétés de blé OGM résistant à la sécheresse. 

    Condamnant « ce détournement de l’aide humanitaire à des fins commerciales et cette privatisation des politiques alimentaires », la Via Campesina tire la sonnette d’alarme. Selon le site Internet de la Fondation de Bill et Melinda Gates, plus de 100 nouvelles variétés de semences améliorées seraient déjà en circulation sur le continent africain dans le cadre d’AGRA. Ce constat illustre la logique implacable de rentabilité des grandes multinationales, Gerald Steiner, vice-président de Monsanto, ayant d’ailleurs déclaré : « (…) Nous voulons faire le bien dans le monde mais nous voulons aussi satisfaire nos actionnaires ». 

    D’après l’ONU, 75 % de la diversité génétique des plantes du monde ont disparu à mesure que les paysans abandonnaient leurs semences natives pour utiliser les variétés génétiquement modifiées. En l’absence de semences natives propres aux différents microclimats, et capables sur plusieurs générations de s’adapter aux conditions climatiques changeantes, les paysans se rendent de plus en plus vulnérables face aux bouleversements climatiques.

       

  • La dernière goutte...

    Cliquer sur le lien et découvrez ce court métrage surprenant, qui sent bon la campagne, et le vin bio. Un régal...

  • MasterChef sans experts...

    Bon article de JP Géné dans Le Monde de ce week-end, qui dénonce l'attentat à la quiche...

    Il y a sur le plateau un chef trois étoiles, meilleur ouvrier de France de surcroît (Anton), le fondateur de la bistronomie de terroir (Camdeborde) et un cador du journalisme culinaire (Demorand). Comment est-il possible que ces trois lascars cautionnent un tel attentat à la quiche lorraine, qui ne contient pas de fromage dans sa recette originale ?

    Passe encore pour Camdeborde, un gars du Béarn, élevé à la garbure et au foie gras. A la limite, admettons pour Demorand, à l'enfance itinérante et cosmopolite, induit en erreur par les quiches Made in Japan. Mais pourquoi Frédéric Anton se livre-t-il à cette mascarade ? 

    Tous les candidats mélangent allègrement les oeufs, la crème et le gruyère râpé, et pas un seul des examinateurs n'y trouve à redire... Un peu lamentable pour des experts, et surtout fort triste pour la gastronomie française.

    La malbouffe n'est pas loin si l'on commence à arroser de gruyère râpé tous les plats. Et malbouffe ne rime pas avec MasterChef. Va falloir être beaucoup plus sérieux à l'avenir si l'on ne veut pas tromper les millions de téléspectateurs qui suivent ce genre d'émissions stupides qui foisonnent désormais sur toutes les chaînes.

    Le seul élément positif que j'y vois, c'est que ceux et celles qui n'ont pas eu la chance d'avoir des parents ou des grands-parents sachant cuisiner, vont pouvoir apprendre à le faire. Et c'est magnifique.

    Mais sur de bonnes bases s'il vous plaît...

  • Dégustation du lundi 121

    L'été s'éloigne, l'hiver approche et les dégustations à l'aveugle du Clos se poursuivent. Premier vin à la robe rubis léger, et légèrement évoluée. Le nez, peu expressif et chaud s'ouvre un peu plus, plus tard. La bouche, classique, sur des petits fruits rouges, mais avec un peu de sécheresse, un peu fluet avec de l'acidité, sur du Pinot noir : Pommard 2002 de Blain Gagnard. Belle mise en bouche, mais assez décevant.

    Seconde bouteille à la robe rubis présente un nez beaucoup plus fruité que le précédent. En bouche, une belle fraîcheur, de beaux fruits, une belle matière sur du Gamay. On est en Beaujolais : Morgon 2007 cuvée MMVII de Marcel Lapierre.

    Troisième flacon, bouchonné de chez bouchonné : "Le Gros' 2007 en Anjou de René Mosse.

    Quatrième flacon, à la robe foncée et au nez concentré. La bouche est chaude (mais peut-être accentuée par la température de service du vin). On pense au Languedoc ou au Rhône sud. Très beaux fruits, mais assez massif. Après avoir rafraîchi le vin, le fruité prédomine et pas les épices. C'est très beau et très bien fait : Comme Del Mas 2007 "Shistes" à Collioure. 14,5° quand même.

    Cinquième flacon de la soirée à la robe rubis bien évoluée et au nez de vieux vin qu'on apprécie. En bouche, pas de doute, on est à Bordeaux sur un grand millésime d'avant 1990, mais un  peu faiblard quand même. L'élevage est là, mais il y a un souci par rapport au nez si prometteur : Château Bel Air 1986 du Marquis d'Aligre, Grand Cru Exceptionnel en Margaux.

    Dernière bouteille de la soirée, à la robe noire et au nez frais et puissant à la fois. En bouche, c'est un pur sang : bouche pleine et charnue, tannins mûrs compactés et racés. On est sur un assemblage de Syrah, grenache et mourvèdre : L'Ebreccade 2007 en Vin de Table de France en Cairanne de Michel Richaud. 15,5° : record battu ! assez exceptionnel, malgré l'alcool.

    La suite, lundi prochain...